
Week-End de chasse à la mère
de Geneviève Brisac
4/5selon la rédaction
4/5 sur Amazon, 4 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman familial incisif, porté par une voix ironique, qui examine les liens mère-fille sans les simplifier.
En bref
Une fille part en week-end avec sa mère, dans une relation où l’affection, la rivalité et le ressentiment se mêlent étroitement. Ce séjour devient le cadre d’une confrontation intime, observée avec une ironie parfois féroce. Geneviève Brisac compose un roman psychologique et familial sur ce que les femmes se transmettent, se reprochent et cherchent à fuir.
À propos du livre
Le livre s’intéresse moins à une intrigue spectaculaire qu’aux rapports de pouvoir discrets qui structurent une relation mère-fille. La « chasse » du titre donne une forme presque ludique à une lutte affective où chacune tente de reprendre l’avantage, de nommer ce qui fait mal ou de déplacer la responsabilité. Le roman examine ainsi la difficulté de devenir soi quand l’identité s’est construite dans le regard maternel, sans réduire ses personnages à des rôles univoques de victime et de coupable.
La construction repose sur une situation resserrée et sur l’intensification progressive des échanges. Les paroles, les pensées et les observations du quotidien font apparaître les contradictions des personnages, leurs stratégies de défense et leurs élans d’attachement. L’écriture de Geneviève Brisac privilégie la précision psychologique, l’ironie et une certaine sécheresse comique. Cette distance évite au récit de verser dans la confession sentimentale, même si la matière abordée reste profondément intime.
Ce roman s’inscrit dans une œuvre attentive à l’expérience des femmes, à l’éducation, aux héritages familiaux et aux contraintes que les relations affectives font peser sur l’autonomie. Il prolonge une veine à la fois littéraire et critique, où l’humour sert à mettre au jour des mécanismes sociaux ou familiaux que le discours sérieux tend parfois à masquer. Le prix Femina obtenu en 1996 a consacré cette manière singulière d’aborder le roman psychologique, entre lucidité et cruauté légère.
La réputation du livre tient notamment à cette capacité à traiter un sujet courant, la difficulté du lien entre une mère et sa fille, sans le transformer en simple récit de règlement de comptes. Brisac observe les malentendus avec une intelligence mordante et laisse subsister une part d’ambivalence. Le résultat peut toutefois sembler plus proche de la joute verbale et de l’analyse relationnelle que d’un roman à rebondissements, ce qui explique qu’il divise les lecteurs attachés à une narration plus ample.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs intéressés par les romans de famille qui analysent les liens affectifs à travers les non-dits et les rapports de pouvoir.
- Les lecteurs qui apprécient une écriture ironique, concise et psychologique, davantage fondée sur les tensions entre les personnages que sur l’action.
- Les lecteurs sensibles aux récits consacrés à l’émancipation féminine et aux héritages familiaux.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent une intrigue très construite, des péripéties nombreuses ou un dénouement spectaculaire risquent de trouver le dispositif trop resserré.
- Les lecteurs peu réceptifs à l’ironie dans les situations douloureuses peuvent juger la distance du récit parfois sèche.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- La relation mère-fille est traitée comme un rapport complexe, où l’amour, la rivalité et le besoin d’émancipation restent constamment mêlés.
- L’ironie permet de faire apparaître les violences ordinaires et les contradictions familiales sans recourir au pathos.
- La forme resserrée donne aux échanges et aux détails du quotidien une forte portée psychologique.
Ce qui coince
- La concentration sur la relation centrale laisse peu de place à une intrigue secondaire ou à un élargissement romanesque, ce qui peut donner une impression de huis clos.
- La distance ironique atténue parfois l’émotion directe et peut rendre certains personnages moins immédiatement attachants.
Fiche technique
- Auteur
- Geneviève Brisac
- Éditeur
- L’Olivier
- Parution
- 1996
- Format
- Numérique
Par la rédaction de Livres et pensées.