
Vive les femmes !
de Jean-Marc Reiser
3,5/5selon la rédaction
4,6/5 sur Amazon, 62 évaluations, relevé en septembre 2026
Un album de satire sexuelle et sociale, frontal et inégal, à réserver aux lecteurs qui acceptent un humour volontairement provocateur.
En bref
Dans cet album de dessins et de planches courtes, Jean-Marc Reiser observe les rapports entre les sexes, les fantasmes, les frustrations et les conventions sociales. Les femmes y sont à la fois objets de désir, figures de pouvoir et cibles d’une satire qui n’épargne personne. Le registre est celui d’un humour noir, sexuel et volontiers outrancier, fondé sur la caricature, le décalage et la provocation plus que sur une intrigue suivie.
À propos du livre
Reiser ne cherche pas à produire une représentation équilibrée ou consensuelle des relations entre hommes et femmes. Il grossit les comportements, expose les obsessions et transforme les rapports de séduction en rapports de force. Cette exagération permet de viser la domination masculine, la pudibonderie et les hypocrisies sociales, mais elle peut aussi reconduire certains clichés qu’elle prétend mettre à nu. L’album demande donc une lecture capable de distinguer la satire de l’adhésion aux situations représentées.
La construction repose sur des séquences autonomes, des gags visuels et des dialogues réduits à l’essentiel. Le dessin, lisible et nerveux, privilégie l’efficacité immédiate de la chute, avec une expressivité qui rend les personnages volontairement excessifs. Cette forme courte donne à l’ensemble un rythme rapide, mais elle limite aussi le développement des situations et des caractères. Certaines pages frappent par leur précision sociale, tandis que d’autres paraissent surtout conçues pour provoquer.
Vive les femmes ! s’inscrit dans la veine la plus transgressive de la bande dessinée française pour adultes, celle qui utilise la sexualité et la grossièreté comme instruments de contestation. Reiser y prolonge son intérêt pour les marginaux, les humiliations ordinaires et les rapports de pouvoir, avec une liberté graphique et verbale caractéristique de son œuvre. L’album conserve toutefois les ambiguïtés de cette démarche : son refus des convenances peut libérer le regard comme simplement chercher le choc.
Sa réputation tient moins à une intrigue ou à une construction narrative qu’à une manière directe de faire surgir le malaise sous le gag. L’album peut encore fonctionner lorsqu’il met en cause les rôles sociaux et la bienséance, mais certaines provocations ont perdu leur effet de rupture et se lisent aujourd’hui avec davantage de distance. Il reste représentatif d’un humour adulte des années 1970, dont la brutalité constitue à la fois la force comique et la principale limite.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs intéressés par la satire sociale, l’humour noir et la bande dessinée française adulte des années 1970 y trouveront une vision particulièrement frontale des rapports de pouvoir.
- Les amateurs de Reiser apprécieront la concision des gags, l’expressivité du dessin et la liberté avec laquelle il attaque les conventions sexuelles et bourgeoises.
- Les lecteurs qui aiment les œuvres provocatrices, à condition d’accepter qu’elles soient parfois ambiguës et datées dans leurs représentations des femmes.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent un récit construit, des personnages développés ou un humour fondé sur la subtilité risquent de trouver l’album répétitif et brutal.
- Les personnes sensibles aux représentations sexistes ou à la vulgarité peuvent être gênées par une satire qui ne balise pas toujours clairement sa cible.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le dessin et le découpage donnent aux scènes courtes une efficacité immédiate, souvent fondée sur une chute visuelle nette.
- L’album met à nu les rapports de domination et les hypocrisies sexuelles sans atténuer la violence comique des situations.
- La diversité des situations permet à Reiser de passer du gag trivial à l’observation sociale en quelques cases.
Ce qui coince
- La provocation sexuelle devient parfois prévisible et remplace l’analyse par l’outrance.
- Certaines représentations des femmes restent marquées par leur époque, ce qui rend l’ironie moins lisible et peut affaiblir la portée satirique.
Fiche technique
- Auteur
- Jean-Marc Reiser
- Éditeur
- Glénat
- Parution
- 1978
- Format
- Broché
- Prix éditeur
- 13,00 €
- ISBN
- 9782723479899
Par la rédaction de Livres et pensées.