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Livres et pensées
Couverture de Vers ma fin

Vers ma fin

de Sophie White

4/5selon la rédaction

3,7/5 sur Amazon, 25 évaluations, relevé en septembre 2026

Un roman d’horreur physique et insulaire, exigeant dans sa forme, qui s’adresse aux lecteurs attirés par les récits de filiation et de défiguration.

En bref

Sur une île isolée au large de l’Irlande, une mère et sa fille vivent à l’écart du monde. Leur existence, déjà marquée par la maladie, la difformité et des croyances anciennes, est peu à peu confrontée à une menace qui brouille les frontières entre le corps, la nature et le surnaturel. Sophie White compose un récit de folk horror et de body horror, écrit dans une langue sensorielle, sombre et incantatoire. L’horreur y naît autant de l’isolement et des liens familiaux que des manifestations physiques.

À propos du livre

Le roman explore une relation mère-fille entièrement organisée autour de la dépendance, de la honte et de la protection. Le corps n’y est pas seulement une source de souffrance ou de répulsion : il devient un lieu de transmission, de croyance et de conflit. Cette approche donne au récit une dimension intime, où l’horreur collective et les peurs très concrètes de la maladie se rejoignent sans se réduire l’une à l’autre.

L’isolement insulaire joue un rôle essentiel dans la construction du malaise. Coupée des normes du monde extérieur, la communauté obéit à des usages et à des représentations qui rendent incertaine la limite entre superstition, héritage culturel et menace surnaturelle. Le folklore n’est donc pas un simple décor : il fournit au récit sa logique profonde et son système de valeurs.

La prose de Sophie White privilégie les sensations, les images organiques et une progression par imprégnation plutôt que par explications successives. Cette écriture dense peut donner une impression d’étouffement, mais elle correspond au projet du livre : faire ressentir la matérialité des corps et l’enfermement psychologique des personnages. Le lecteur doit accepter une narration davantage atmosphérique que démonstrative.

Récompensé par le Shirley Jackson Award du meilleur roman, Vers ma fin s’inscrit dans une veine contemporaine de l’horreur qui utilise le genre pour interroger la maternité, la différence physique et les formes de marginalité. Sa singularité tient à l’alliance entre une violence corporelle explicite et une méditation sur la filiation. Le roman s’adresse moins aux amateurs d’épouvante spectaculaire qu’à ceux qui recherchent une expérience littéraire inconfortable et durable.

Pour qui

À lire si

  • Aux lecteurs de body horror qui apprécient que la violence physique serve une réflexion sur l’identité, la maladie et la filiation.
  • À ceux qui recherchent un folk horror rural et isolé, fondé sur les croyances, les traditions et l’atmosphère plutôt que sur l’action.
  • Aux lecteurs acceptant une prose dense et sensorielle, dont le rythme privilégie le malaise progressif aux rebondissements fréquents.

À éviter si

  • Les lecteurs qui veulent une intrigue d’horreur rapide, clairement expliquée et centrée sur les effets de surprise risquent de trouver le récit trop lent et opaque.
  • Les personnes sensibles aux descriptions de dégradation corporelle peuvent être rebutées par la place centrale accordée à la chair, à la maladie et à la difformité.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • Le roman associe de manière cohérente horreur corporelle, folklore insulaire et réflexion sur la filiation.
  • La prose sensorielle rend l’enfermement physique et mental des personnages particulièrement tangible.
  • Les croyances et les traditions structurent réellement l’intrigue au lieu de servir de simple décor exotique.

Ce qui coince

  • La densité des images et l’opacité de certains enjeux peuvent compliquer l’adhésion au récit.
  • L’insistance sur la souffrance corporelle et le malaise crée une expérience volontairement éprouvante, qui laisse peu de place à l’allègement.

Fiche technique

Auteur
Sophie White
Éditeur
Styx
Parution
2022
Format
Numérique

Par la rédaction de Livres et pensées.