
V13
de Emmanuel Carrère
4,5/5selon la rédaction
4,6/5 sur Amazon, 779 évaluations, relevé en septembre 2026
Un compte rendu de procès précis et profondément humain, qui éclaire la justice sans transformer les victimes en personnages.
En bref
Emmanuel Carrère suit le procès des attentats du 13 novembre 2015 et en restitue les audiences, les témoignages et les débats. Il observe la parole des victimes, des accusés, des avocats et des magistrats dans un registre à la fois journalistique, judiciaire et littéraire.
À propos du livre
Le livre s’intéresse moins aux faits criminels eux-mêmes qu’à la manière dont une institution judiciaire tente de les entendre, de les ordonner et de les juger. Les récits des victimes occupent une place centrale, sans que leur souffrance soit réduite à un matériau spectaculaire. Carrère montre aussi les tensions entre la singularité des expériences, la nécessité d’établir les responsabilités et les limites du droit face à un événement collectif d’une telle ampleur.
La construction repose sur une succession de chroniques, issues du suivi régulier des audiences. Cette forme impose une attention aux détails, aux répétitions, aux silences et aux variations de ton d’une journée à l’autre. L’écriture reste généralement sobre et précise, mais elle laisse apparaître la subjectivité du chroniqueur, ses hésitations et ses réactions. Le texte se situe ainsi entre le reportage, le récit documentaire et la réflexion morale.
V13 prolonge une veine importante de l’œuvre d’Emmanuel Carrère, fondée sur l’enquête personnelle et la présence assumée de l’auteur dans le réel. Cependant, le dispositif judiciaire limite sa liberté de composition : le rythme dépend des audiences et la parole recueillie conserve une dimension institutionnelle. Cette contrainte devient une force, car elle empêche de simplifier les positions et donne au livre une portée documentaire durable.
La réputation du livre tient à cet équilibre entre accessibilité et complexité. Carrère rend lisible un procès long, technique et chargé d’enjeux historiques, sans prétendre fournir une explication totale du terrorisme ou de la violence. Le texte intéressera particulièrement les lecteurs qui cherchent à comprendre ce que la justice produit comme récit collectif, plutôt qu’un récit à suspense centré sur les accusés.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs intéressés par les grands procès, le fonctionnement de la justice et la place de la parole des victimes y trouveront une observation concrète des audiences.
- Les amateurs de récits documentaires apprécieront une écriture qui associe enquête, présence de l’auteur et réflexion sur la représentation du réel.
- Les lecteurs d’Emmanuel Carrère retrouveront son goût pour les situations où le récit personnel rencontre des questions morales et collectives.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent un récit romanesque construit autour d’une intrigue et de rebondissements risquent de trouver la progression judiciaire répétitive.
- Ceux qui recherchent une analyse politique ou criminologique systématique des attentats trouveront ici un témoignage d’audience plutôt qu’un essai théorique.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le suivi chronologique des audiences restitue concrètement la durée et la complexité du procès.
- Les témoignages sont rapportés avec une attention constante à leur singularité et à leur portée collective.
- La forme de chronique rend accessibles les enjeux judiciaires sans effacer les incertitudes ni les tensions.
Ce qui coince
- La structure répétitive, liée au déroulement des audiences, peut ralentir la lecture et donner une impression de dispersion.
- La présence de l’auteur enrichit le récit, mais sa subjectivité oriente parfois l’attention davantage qu’une analyse strictement institutionnelle.
Fiche technique
- Auteur
- Emmanuel Carrère
- Éditeur
- Gallimard
- Parution
- 2022
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 9,20 €
- ISBN
- 9782073045331
Par la rédaction de Livres et pensées.