Aller au contenu
Livres et pensées
Couverture de Une théorie féministe de la violence : Pour une politique antiraciste de la protection

Une théorie féministe de la violence : Pour une politique antiraciste de la protection

de Françoise Vergès

4/5selon la rédaction

4,8/5 sur Amazon, 19 évaluations, relevé en septembre 2026

Un essai dense et nécessaire pour repenser la protection hors des réponses policières et carcérales, à condition d’accepter une argumentation très théorique.

En bref

Françoise Vergès examine les liens entre féminisme, violence, sécurité et protection. Elle critique les réponses qui renforcent la police, la prison et le contrôle des populations racisées, et défend une politique féministe antiraciste attentive aux violences structurelles.

À propos du livre

L’essai part d’un constat : la lutte contre les violences faites aux femmes est souvent associée à des dispositifs sécuritaires, policiers et judiciaires présentés comme des protections évidentes. Françoise Vergès montre que ces dispositifs ne s’exercent pas de la même manière sur toutes les populations. Les femmes racisées, pauvres, migrantes ou vivant dans les territoires dominés par l’héritage colonial peuvent être simultanément exposées à la violence et soumises à une surveillance accrue.

La réflexion porte ainsi sur le féminisme carcéral, c’est-à-dire sur la tendance à faire de la sanction pénale et de l’enfermement les instruments principaux de l’émancipation. L’autrice ne minimise pas les violences sexistes et sexuelles, mais interroge les solutions qui les isolent de leur contexte social, économique et racial. Elle invite à penser la protection comme une transformation des conditions de vie, du travail, du logement et de l’accès aux ressources, plutôt que comme un simple renforcement de l’appareil punitif.

La construction est celle d’un essai engagé, fondé sur la mise en relation d’analyses politiques, historiques et féministes. Le texte demande une lecture attentive, car il avance par déplacements conceptuels et par critique des catégories habituelles de la sécurité. Sa force tient à la cohérence de son cadre antiraciste et décolonial, mais cette démarche laisse parfois moins de place à l’examen détaillé de situations individuelles ou à la description de politiques concrètes.

Dans l’œuvre de Françoise Vergès, ce livre prolonge une critique du féminisme dominant lorsqu’il oublie les rapports de race, de classe et de domination impériale. Il s’inscrit dans les débats contemporains sur l’abolitionnisme pénal, les politiques de sécurité et les formes de solidarité féministe. Sa réputation repose surtout sur la netteté avec laquelle il oblige à distinguer la protection réelle des populations et la promesse sécuritaire portée par les institutions punitives.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs intéressés par les féminismes antiracistes, décoloniaux et abolitionnistes y trouveront une argumentation structurée contre les réponses exclusivement policières aux violences.
  • Les personnes qui travaillent sur les politiques publiques, la justice ou les mouvements sociaux pourront s’en servir pour interroger les effets différenciés de la sécurité et de la protection.
  • Les lecteurs familiers des essais théoriques apprécieront un texte qui relie analyse féministe, critique sociale et réflexion politique.

À éviter si

  • Les lecteurs qui cherchent un guide pratique ou un panorama documenté de solutions institutionnelles risquent de trouver l’essai trop général et peu opératoire.
  • Les lecteurs qui attendent une présentation équilibrée des arguments en faveur de la justice pénale peuvent être déçus par le point de vue explicitement critique de l’autrice.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • L’essai relie avec précision les violences sexistes aux rapports de race, de classe et d’héritage colonial.
  • La critique du féminisme carcéral montre concrètement pourquoi la protection policière ne bénéficie pas de la même manière à toutes les femmes.
  • Le texte propose un déplacement politique fécond, de la punition des individus vers la transformation des conditions sociales qui rendent les violences possibles.

Ce qui coince

  • L’argumentation très conceptuelle peut rendre la lecture exigeante pour qui connaît peu les débats sur l’abolitionnisme pénal et le féminisme décolonial.
  • Les pistes alternatives restent davantage formulées comme des orientations politiques que développées en programmes ou en dispositifs précis.

Fiche technique

Auteur
Françoise Vergès
Éditeur
La Fabrique
Parution
2020
Format
Broché
Prix éditeur
12,00 €
ISBN
9782358722049

Par la rédaction de Livres et pensées.