
Une économie solidaire peut-elle être féministe ? Homo œconomicus, mulier solidaria
de Christine Verschuur
3,5/5selon la rédaction
Un essai collectif et exigeant, utile pour comprendre les angles morts genrés de l’économie solidaire et du développement.
En bref
Christine Verschuur interroge la capacité de l’économie solidaire à remettre en cause les rapports sociaux de sexe. L’ouvrage confronte les pratiques et les théories de l’économie solidaire aux analyses féministes, en questionnant notamment la division du travail, la valeur accordée aux activités et les conditions d’une véritable transformation sociale. Inscrit dans les études de genre et le développement, le livre adopte un registre universitaire. Il rassemble des analyses qui discutent les promesses émancipatrices de l’économie solidaire plutôt que de les accepter comme allant de soi.
À propos du livre
L’enjeu central consiste à examiner ce que l’économie solidaire transforme réellement, et ce qu’elle peut continuer à reproduire. La notion d’« homo œconomicus » désigne ici une figure économique prétendument universelle, mais construite à partir d’expériences largement masculines. En lui répondant par celle de « mulier solidaria », l’ouvrage met en lumière les activités invisibilisées, les responsabilités domestiques et les rapports de pouvoir qui traversent les initiatives présentées comme alternatives.
La construction relève de la recherche collective : les contributions croisent réflexion théorique, études de terrain et analyse des politiques de développement. Cette pluralité permet de comparer des contextes différents, mais elle rend aussi la lecture moins linéaire qu’un essai d’intervention. Le vocabulaire est spécialisé, avec des références à l’économie féministe, aux rapports sociaux de sexe et aux pratiques de solidarité. Des connaissances préalables facilitent l’accès aux débats.
Le livre s’inscrit dans le travail de Christine Verschuur sur les liens entre genre, développement et transformations économiques. Il ne traite donc pas le féminisme comme un simple thème ajouté à l’économie solidaire : il en fait un critère d’évaluation de ses objectifs, de ses méthodes et de ses effets. Sa contribution tient à cette exigence de cohérence entre le discours sur l’émancipation et l’organisation concrète du travail.
L’intérêt de l’ouvrage réside surtout dans son refus d’opposer mécaniquement économie capitaliste et économie solidaire. Il rappelle que des structures alternatives peuvent rester dépendantes d’un travail gratuit ou sous-payé, souvent assumé par des femmes. Cette mise à l’épreuve des modèles solidaires explique sa valeur dans les débats universitaires et militants, même si la densité des contributions et leur ancrage académique limitent sa lecture à un public déjà sensibilisé.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui travaillent sur le féminisme, l’économie sociale et solidaire ou les politiques de développement y trouveront des outils d’analyse précis.
- Les militants et responsables associatifs qui veulent confronter leurs pratiques aux enjeux de division du travail et de pouvoir pourront y puiser des questions utiles.
- Les étudiants en sciences sociales apprécieront un ouvrage qui met en relation économie féministe, développement et expériences collectives.
À éviter si
- Les lecteurs qui cherchent une introduction générale, concrète et accessible à l’économie solidaire risquent de trouver l’ensemble trop universitaire.
- Ce livre conviendra moins à ceux qui attendent un récit suivi ou des solutions immédiatement applicables.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- L’ouvrage montre concrètement pourquoi une initiative solidaire ne devient pas automatiquement féministe.
- Les contributions articulent les rapports sociaux de sexe avec les questions de travail, de valeur et de développement.
- La diversité des approches permet de confronter les principes de l’économie solidaire à des pratiques et des contextes différents.
Ce qui coince
- La forme collective entraîne des écarts de ton, de méthode et de niveau entre les contributions.
- Le vocabulaire théorique et les références universitaires peuvent ralentir la lecture lorsque l’on ne connaît pas déjà les études de genre.
Fiche technique
- Auteur
- Christine Verschuur
- Éditeur
- L’Harmattan
- Parution
- 2015
- Format
- Numérique
Par la rédaction de Livres et pensées.