
Underground
de Haruki Murakami
4/5selon la rédaction
4,3/5 sur Amazon, 94 évaluations, relevé en septembre 2026
Une enquête sobre et polyphonique sur l’attentat au sarin de Tokyo, remarquable par son écoute, mais exigeante par sa forme documentaire.
En bref
Haruki Murakami donne la parole aux victimes et aux témoins de l’attentat au gaz sarin commis dans le métro de Tokyo en 1995. À travers ces récits individuels, il reconstitue l’expérience concrète de la catastrophe et interroge les failles d’une société japonaise réputée disciplinée et rationnelle.
À propos du livre
Le livre s’intéresse moins à la mécanique criminelle de l’attentat qu’à ses effets sur ceux qui l’ont subi. Fatigue, désorientation, douleurs, peur et difficultés à reprendre une vie ordinaire composent une réalité fragmentée, éloignée des résumés médiatiques. En recueillant ces voix, Murakami déplace le regard vers les anonymes et fait apparaître la catastrophe comme une somme d’expériences singulières, souvent incompatibles entre elles.
La construction repose sur une succession d’entretiens, présentés avec une intervention limitée de l’auteur. Cette retenue produit une forme de sobriété presque journalistique, mais la sélection et l’agencement des témoignages restent ceux d’un écrivain attentif aux silences, aux répétitions et aux détails révélateurs. Le rythme peut sembler uniforme, car le livre privilégie l’accumulation des récits plutôt qu’une progression narrative ou une interprétation théorique.
Underground occupe une place à part dans l’œuvre de Murakami, surtout connu pour ses romans marqués par l’étrangeté, la solitude et les dérèglements de la perception. Ici, il renonce à la fiction pour examiner directement un traumatisme collectif et les mécanismes d’isolement qui l’accompagnent. Cette inflexion donne au livre une portée documentaire et civique, tout en conservant une attention très personnelle aux consciences individuelles.
La réputation du livre tient à cette rencontre entre enquête et littérature, ainsi qu’à la confiance accordée aux paroles ordinaires. Murakami ne cherche pas à transformer l’attentat en spectacle ni à imposer une explication unique. L’intérêt vient plutôt du contraste entre la neutralité apparente du dispositif et la gravité de ce qui se révèle dans les témoignages. Cette approche demande toutefois une lecture patiente et sensible aux nuances.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs intéressés par les récits de témoins et les enquêtes littéraires sur les traumatismes collectifs y trouveront une documentation humaine, précise et dépourvue de sensationnalisme.
- Les lecteurs de Murakami curieux de découvrir son travail non fictionnel verront comment ses thèmes de l’isolement et de la fragilité intérieure se prolongent dans le réel.
- Les amateurs de littérature japonaise apprécieront un regard situé sur la société japonaise contemporaine, au-delà des codes du roman.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent un récit construit comme un thriller ou une intrigue suivie risquent de trouver la succession d’entretiens lente et répétitive.
- Les lecteurs recherchant une analyse politique détaillée de la secte et de l’attentat pourront juger le livre trop centré sur les expériences individuelles.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Les témoignages font sentir les conséquences physiques et psychologiques de l’attentat sans recourir au pathos.
- La polyphonie restitue la diversité des réactions et évite de réduire les victimes à une expérience unique.
- La prose sobre de Murakami maintient une distance qui laisse aux témoins leur autonomie et leur complexité.
Ce qui coince
- L’accumulation des entretiens crée des redites et atténue parfois la tension de lecture.
- Le livre privilégie l’expérience des victimes au détriment d’une analyse approfondie des responsables et du contexte idéologique.
Fiche technique
- Auteur
- Haruki Murakami
- Éditeur
- 10/18
- Parution
- 1997
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 9,90 €
- ISBN
- 9782264062703
Par la rédaction de Livres et pensées.