
Un roman russe
de Emmanuel Carrère
3,5/5selon la rédaction
3,8/5 sur Amazon, 511 évaluations, relevé en septembre 2026
Une autofiction ambitieuse et inconfortable, où l’enquête familiale devient une mise à nu littéraire parfois excessive.
En bref
Emmanuel Carrère part en Russie pour réaliser un film et enquêter sur le passé de sa famille, notamment sur un grand-père dont l’histoire demeure entourée de silences. Cette recherche se mêle à une relation amoureuse et à un projet d’écriture de plus en plus personnel. Entre récit familial, reportage, confession et fiction érotique, le livre examine la honte, la filiation et les pouvoirs de la littérature.
À propos du livre
Le sujet central n’est pas seulement l’origine russe de l’auteur, mais la difficulté de transformer une histoire familiale douloureuse en récit. Carrère s’intéresse aux non-dits, aux héritages politiques et affectifs, ainsi qu’à la part de responsabilité que chacun porte dans la transmission d’une mémoire. L’enquête historique sert ainsi de détour pour interroger l’identité de l’écrivain et sa relation avec ses proches.
La construction procède par déplacements successifs : le reportage en Russie, les souvenirs familiaux, la relation amoureuse et l’écriture se répondent sans être complètement séparés. Cette composition donne au livre une énergie de recherche, mais aussi une tension parfois désordonnée. La prose est directe, précise dans l’observation, et assume une exposition de soi qui peut paraître plus intéressante comme geste littéraire que comme analyse psychologique.
Dans l’œuvre d’Emmanuel Carrère, le livre occupe une place importante par son mélange de faits vécus, d’enquête et de mise en scène romanesque. Il annonce plusieurs traits de ses récits ultérieurs : le narrateur placé au centre, la confrontation entre vérité documentaire et invention, ainsi qu’une attention constante aux zones moralement inconfortables. La démarche est originale, mais elle repose sur une forte implication personnelle.
La réputation du livre tient notamment à son honnêteté brutale et à la façon dont il refuse de dissocier la matière familiale de la matière sexuelle et littéraire. Cette liberté peut produire des pages d’une grande intensité, tout en donnant parfois le sentiment que l’écriture exploite les situations qu’elle prétend comprendre. Le résultat est donc plus stimulant par ses risques et ses contradictions que par son équilibre d’ensemble.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs intéressés par l’autofiction, les récits de filiation et les livres qui interrogent ouvertement la part de vérité dans la littérature.
- Les lecteurs qui apprécient les récits hybrides, à la frontière du reportage, de l’enquête familiale et de la confession.
- Les lecteurs d’Emmanuel Carrère souhaitant voir se former les thèmes et les méthodes qui marqueront ses œuvres ultérieures.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent une intrigue romanesque classique ou une enquête familiale strictement structurée risquent d’être déconcertés par les changements de registre.
- Les lecteurs peu sensibles à l’exposition intime et aux passages érotiques pourront juger la démarche trop insistante, voire complaisante.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le livre relie avec cohérence une enquête familiale, un séjour en Russie et une réflexion sur la fabrication du récit.
- La prose concrète et introspective rend visibles les hésitations morales du narrateur au lieu de les dissimuler.
- Le mélange des genres donne une forme singulière à une réflexion sur la honte, la filiation et la mémoire.
Ce qui coince
- La construction très personnelle alterne les registres avec une liberté qui peut affaiblir la continuité du récit.
- L’exposition de l’intimité et certains passages érotiques semblent parfois prendre le pas sur l’enquête et la réflexion qu’ils sont censés prolonger.
Fiche technique
- Auteur
- Emmanuel Carrère
- Éditeur
- Gallimard, collection Folio
- Parution
- 2007
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 10,00 €
- ISBN
- 9782070356652
Par la rédaction de Livres et pensées.