
Un certain Paul Darrigrand
de Philippe Besson
4/5selon la rédaction
4,4/5 sur Amazon, 648 évaluations, relevé en septembre 2026
Un récit d’amour autobiographique sobre et mélancolique, porté par une écriture précise, mais parfois trop maîtrisée.
En bref
En 1988, Philippe a vingt-deux ans lorsqu’il rencontre Paul Darrigrand. Entre eux naît une relation amoureuse intense, compliquée par la situation familiale de Paul et par les inquiétudes liées à une époque marquée par l’apparition du sida. Philippe Besson raconte cet épisode de jeunesse avec une voix rétrospective, pudique et attentive aux gestes, aux silences et aux traces laissées par le temps.
À propos du livre
Le livre explore moins les péripéties d’une liaison que ses zones d’incertitude : ce que l’on ose demander, ce que l’autre tait, et la manière dont une relation se construit dans un contexte qui lui est défavorable. La différence d’âge, la vie familiale de Paul et la menace sanitaire qui pèse sur les années 1980 donnent à cette histoire une tension concrète. Le récit reste cependant centré sur l’intime, sans transformer l’époque en simple décor documentaire.
Philippe Besson adopte une narration brève, linéaire et très lisible. La première personne assume une mémoire reconstruite, qui ne prétend pas restituer chaque détail avec une exactitude archivistique, mais cherche plutôt la vérité émotionnelle d’une relation. Les phrases nettes, les scènes courtes et la retenue dans l’expression produisent une émotion contenue. Cette sobriété peut aussi donner au texte une régularité un peu uniforme, surtout lorsque les mêmes motifs affectifs reviennent.
Un certain Paul Darrigrand s’inscrit dans le versant autobiographique de l’œuvre de Philippe Besson, après Arrête avec tes mensonges. Le livre prolonge une réflexion sur le désir, la mémoire et les vies empêchées, tout en pouvant se lire séparément. Sa place dans la littérature française contemporaine tient à cette capacité à faire d’un souvenir personnel une matière romanesque accessible, sans recourir à une intrigue complexe ni à une reconstitution historique abondante.
La réputation du roman repose surtout sur l’identification qu’il permet et sur la clarté de sa voix narrative. Les lecteurs sensibles aux récits d’amour contrarié y trouveront une approche adulte de la nostalgie, qui ne cherche pas à idéaliser entièrement le passé. En revanche, ceux qui attendent une forte densité événementielle ou une analyse développée du contexte social et politique des années 1980 pourront juger le livre trop resserré autour du couple et de la conscience du narrateur.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui apprécient les récits autobiographiques consacrés aux amours de jeunesse et à la mémoire intime.
- Les lecteurs sensibles aux écritures dépouillées, aux phrases courtes et aux émotions exprimées avec retenue.
- Les lecteurs qui souhaitent poursuivre la lecture du cycle autobiographique de Philippe Besson après Arrête avec tes mensonges.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue riche en rebondissements ou une construction romanesque ambitieuse risquent de trouver le récit trop linéaire.
- Les lecteurs qui attendent une étude historique approfondie des années 1980 pourraient rester sur leur faim.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- La voix narrative restitue avec précision les hésitations et les non-dits d’une relation amoureuse.
- La prose dépouillée maintient une émotion contenue sans multiplier les effets pathétiques.
- Le contexte des années 1980 éclaire l’histoire intime sans prendre le pas sur elle.
Ce qui coince
- La linéarité du récit réduit la tension narrative et laisse peu de place aux surprises.
- La retenue stylistique, cohérente avec le projet, peut produire une impression de distance ou de répétition.
Fiche technique
- Auteur
- Philippe Besson
- Éditeur
- Julliard
- Parution
- 2019
- Format
- Numérique
Par la rédaction de Livres et pensées.