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Livres et pensées
Couverture de Un certain Paul Darrigrand ; Dîner à Montréal

Un certain Paul Darrigrand ; Dîner à Montréal

de Philippe Besson

4/5selon la rédaction

Un diptyque autobiographique sensible sur le désir, la mémoire et les retrouvailles, porté par une écriture dépouillée.

En bref

Dans Un certain Paul Darrigrand, Philippe Besson revient sur une histoire d’amour vécue dans sa jeunesse, au moment où il découvre l’intensité du désir et les contraintes de la vie sociale. Dîner à Montréal prolonge ce récit lorsque le narrateur retrouve Paul des années plus tard, à l’occasion d’un repas. Les deux textes composent une méditation intime sur ce que le temps transforme, et sur ce qu’il laisse intact.

À propos du livre

Le premier récit se situe dans une période où l’homosexualité demeure entourée de silences, de prudence et de normes sociales pesantes. Philippe Besson ne transforme pas cette expérience en manifeste : il privilégie les gestes, les hésitations et les conversations qui rendent sensible la vulnérabilité des personnages. L’enjeu tient autant à la relation amoureuse qu’à la naissance d’une conscience de soi. Le désir apparaît comme une force d’émancipation, mais aussi comme une expérience qui oblige à mesurer ce que l’on risque en choisissant la sincérité.

La construction repose sur un va-et-vient entre le souvenir et le présent de l’écriture. Le narrateur adulte observe le jeune homme qu’il a été avec une lucidité qui n’exclut ni la tendresse ni le regret. La prose, brève et précise, avance par scènes, notations et dialogues, sans chercher l’effet spectaculaire. Cette retenue donne au texte une tonalité de confidence contrôlée. Elle peut aussi produire une impression de simplicité, car l’émotion naît moins d’une intrigue élaborée que de la manière dont les détails sont sélectionnés et rapprochés.

Dîner à Montréal déplace le centre de gravité du diptyque : après le temps de la découverte vient celui de la mémoire partagée, avec ce qu’elle comporte de décalages et de questions demeurées ouvertes. La réunion des deux volumes permet ainsi de lire une même histoire selon deux âges du regard. L’ensemble s’inscrit dans la veine autobiographique de Philippe Besson, où la littérature sert à examiner les liens entre vécu, récit et identité. Sa force tient à cette continuité, plus qu’à une quelconque révélation romanesque.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs qui apprécient les récits autobiographiques centrés sur la mémoire, le désir et la construction de soi y trouveront une approche sobre et accessible.
  • Les lecteurs sensibles aux histoires d’amour racontées par petites scènes, avec une attention particulière aux non-dits et aux retrouvailles, pourront apprécier ce diptyque.
  • Les lecteurs qui suivent l’œuvre de Philippe Besson y verront un prolongement important de sa réflexion sur l’intime et la réécriture du passé.

À éviter si

  • Les lecteurs qui attendent une intrigue dense, des rebondissements ou une forte caractérisation secondaire risquent de trouver l’ensemble trop linéaire.
  • Les lecteurs peu sensibles à l’autofiction et à une prose très dépouillée pourront juger l’émotion trop explicitement guidée par la voix du narrateur.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • La sobriété de la prose laisse aux gestes et aux silences une véritable portée émotionnelle.
  • Le rapprochement des deux récits montre avec netteté comment une même relation est relue à deux moments de la vie.
  • Le texte aborde le désir homosexuel sans réduire l’expérience amoureuse à une démonstration ou à un simple contexte social.

Ce qui coince

  • La brièveté et la linéarité des récits limitent parfois la complexité de l’intrigue et des personnages secondaires.
  • La voix très maîtrisée du narrateur peut sembler uniforme à ceux qui recherchent davantage de polyphonie ou de tension romanesque.

Fiche technique

Auteur
Philippe Besson
Parution
2019
Format
Broché
ISBN
9782378289232

Par la rédaction de Livres et pensées.