
Un cas intéressant
de Dino Buzzati
4/5selon la rédaction
4,8/5 sur Amazon, 6 évaluations, relevé en septembre 2026
Une fable théâtrale précise et anxieuse sur la maladie, l’institution et le déni, portée par une mécanique scénique implacable.
En bref
Giovanni Corte entre dans une clinique pour y faire soigner une maladie qui semble d’abord bénigne. Au fil de son séjour, l’organisation de l’établissement et les décisions du personnel médical installent une inquiétude croissante, entre réalisme administratif et dimension allégorique.
À propos du livre
La pièce met en scène la vulnérabilité d’un individu face à une institution qui prétend le protéger. La maladie n’est pas seulement un problème médical : elle devient une manière d’interroger la peur, l’obéissance et la difficulté à regarder lucidement sa propre situation. Buzzati montre comment un discours rassurant peut neutraliser toute contestation, surtout lorsque le patient dépend entièrement de ceux qui le prennent en charge. L’angoisse naît moins d’un événement spectaculaire que de la normalité avec laquelle chacun accepte les règles de la clinique.
La construction en deux parties et onze tableaux donne au texte une progression très contrôlée. Les changements de situation reposent sur des échanges souvent simples, presque administratifs, dont la froideur contraste avec ce qu’ils impliquent pour le personnage principal. Cette écriture dépouillée favorise la représentation scénique, tout en laissant affleurer une dimension absurde et cauchemardesque. Le dialogue avance par justifications, euphémismes et refus de répondre directement, ce qui transforme la conversation médicale en instrument de tension dramatique.
L’œuvre s’inscrit dans le théâtre de Buzzati par son goût des situations symboliques et des dispositifs qui rendent visible une inquiétude existentielle. Elle ne cherche pas à développer une psychologie détaillée : les personnages fonctionnent surtout comme les agents d’un système et les relais de ses raisonnements. Cette stylisation peut donner au texte une portée générale, mais elle impose aussi une certaine distance émotionnelle. Sa réputation tient à la netteté de sa métaphore et à sa capacité à faire naître l’angoisse à partir d’une organisation apparemment rationnelle.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs attirés par le théâtre de l’absurde et les fables sur la bureaucratie y trouveront une situation simple, mais riche en interprétations.
- Les amateurs de pièces courtes, structurées par une progression scénique nette, apprécieront son efficacité et son économie de moyens.
- Les lecteurs qui aiment les récits allégoriques sur la maladie et la mort pourront prolonger la lecture par une réflexion sur le déni et la dépendance.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent des personnages longuement développés ou une intrigue réaliste risquent de trouver la dimension symbolique trop appuyée.
- Ceux qui recherchent un théâtre fondé sur l’action et les rebondissements peuvent être freinés par la répétition volontaire des échanges institutionnels.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- La progression par tableaux transforme une organisation médicale ordinaire en mécanisme dramatique de plus en plus oppressant.
- Les dialogues rendent sensible le pouvoir de l’euphémisme, de la politesse et du jargon sur un individu fragilisé.
- La situation possède une portée allégorique claire sans nécessiter de longs développements explicatifs.
Ce qui coince
- La caractérisation des personnages reste volontairement schématique, ce qui réduit l’attachement affectif et la complexité psychologique.
- La métaphore est si lisible que certaines scènes peuvent sembler démonstratives aux lecteurs peu sensibles au théâtre allégorique.
Fiche technique
- Auteur
- Dino Buzzati
- Éditeur
- Gallimard
- Parution
- 1953
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 8,10 €
- ISBN
- 9782070447183
Par la rédaction de Livres et pensées.