
Tenir sa langue
de Polina Panassenko
4/5selon la rédaction
3,8/5 sur Amazon, 254 évaluations, relevé en septembre 2026
Un premier roman vif et singulier sur l’exil, le nom et la violence ordinaire de l’assimilation linguistique.
En bref
À six ans, Polina quitte la Russie pour la France. Son prénom est francisé en Pauline, une transformation qui devient le point de départ d’une quête pour retrouver son identité et sa langue d’origine. Entre récit intime, humour et réflexion sur les mots, le roman interroge ce que l’intégration exige de celles et ceux qui changent de pays.
À propos du livre
Le livre explore une expérience précise de l’exil : non pas seulement le changement de territoire, mais la modification administrative et quotidienne de soi. Le prénom, la prononciation, l’accent et les mots deviennent des lieux de tension entre l’histoire familiale et les attentes du pays d’accueil. À travers cette question apparemment modeste, Polina Panassenko met en évidence la violence discrète d’une assimilation qui prétend simplifier les différences, mais demande souvent de renoncer à une part de son identité.
La langue est à la fois le sujet et le principal instrument du roman. L’écriture joue avec les sonorités, les décalages entre le russe et le français, les malentendus et les effets de traduction. Cette attention au langage produit un texte mobile, souvent drôle, qui ne transforme pas pour autant l’expérience racontée en simple fantaisie stylistique. L’humour sert plutôt à rendre sensible l’absurdité de certaines situations et à maintenir une distance critique envers les institutions comme envers les habitudes sociales.
La construction associe le récit personnel à une démarche concrète autour du prénom. Cette progression donne au texte une direction lisible, tout en laissant une large place aux souvenirs, aux réflexions et aux jeux de langage. Le roman évite ainsi le témoignage linéaire : il transforme une affaire intime en interrogation plus générale sur la francisation, l’appartenance et le droit de se nommer soi-même.
Premier roman de Polina Panassenko, Tenir sa langue s’inscrit dans une littérature contemporaine attentive aux parcours migratoires et aux identités multiples, mais avec une forme très personnelle. Son obtention du Prix Femina des lycéens en 2022 tient notamment à son accessibilité, à son énergie et à la netteté de son enjeu. Le texte peut toutefois diviser les lecteurs peu sensibles aux expérimentations formelles ou à une narration qui privilégie la voix et les associations d’idées.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs intéressés par les récits d’exil qui abordent l’intégration à travers des situations concrètes plutôt que par un discours théorique.
- Les lecteurs qui aiment les romans courts, personnels et inventifs, où les jeux de langue éclairent directement le sujet.
- Celles et ceux qui s’interrogent sur le prénom, l’accent et les formes ordinaires de l’assimilation culturelle y trouveront une réflexion accessible.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue très développée et une narration classique peuvent rester à distance de cette forme fragmentée et réflexive.
- Les lecteurs peu sensibles aux jeux sonores et aux déplacements entre les langues risquent de juger l’écriture insistante.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le roman fait du prénom et de la langue des enjeux narratifs concrets, sans les réduire à des symboles abstraits.
- Les jeux entre le russe et le français donnent une forme directement perceptible à l’expérience du bilinguisme et du dépaysement.
- L’humour permet d’aborder l’assimilation et la violence administrative sans alourdir le récit par un discours démonstratif.
Ce qui coince
- La recherche formelle autour des mots peut parfois prendre le pas sur l’approfondissement de certains personnages secondaires.
- La démarche autour du prénom donne au récit une direction claire, mais peut sembler répétitive aux lecteurs qui attendent une intrigue plus ample.
Fiche technique
- Auteur
- Polina Panassenko
- Éditeur
- Points
- Parution
- 2022
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 6,95 €
- ISBN
- 9782757898123
Par la rédaction de Livres et pensées.