
Sodome ma douce
de Laurent Gaudé
3,5/5selon la rédaction
4,4/5 sur Amazon, 11 évaluations, relevé en septembre 2026
Un monologue théâtral dense et incantatoire, qui transforme le mythe de Sodome en réflexion sur la violence et la mémoire.
En bref
Dans les ruines de Sodome, une femme raconte sa ville, ses habitants et la catastrophe qui l’a frappée. Sa parole fait revivre une cité à la fois sensuelle, brutale et menacée, en donnant un visage humain au récit biblique. Laurent Gaudé compose un texte théâtral porté par une voix unique, entre récit, lamentation et adresse directe. Le registre est poétique, sombre et fortement oral, avec une place importante accordée aux images et au rythme.
À propos du livre
Le texte ne cherche pas à reconstituer Sodome comme un décor historique détaillé. Il s’intéresse plutôt à ce que représente une ville condamnée : un lieu de désir, d’excès, de domination et de solitude. Le mythe biblique devient ainsi un matériau pour interroger la responsabilité collective, la brutalité des rapports humains et la difficulté de faire entendre la voix des vaincus. La parole de la narratrice donne à cette réflexion une dimension charnelle, sans réduire le récit à une simple leçon morale.
La construction repose sur un long mouvement de parole, plus proche de l’oratorio que du dialogue théâtral traditionnel. Les répétitions, les apostrophes et les images produisent une progression musicale, parfois majestueuse, parfois oppressante. Cette écriture demande d’être entendue autant que lue : certaines formules gagnent en force dans la diction, tandis que l’absence d’action scénique conventionnelle peut donner une impression de statisme à qui attend une intrigue très développée.
Sodome ma douce s’inscrit dans le théâtre de Laurent Gaudé, où les figures mythiques et les voix marginales servent à sonder la violence de l’histoire. Comme dans plusieurs de ses textes dramatiques, l’auteur privilégie une parole ample, tendue vers la tragédie, plutôt qu’une psychologie réaliste. Le livre est bref, mais son ambition est vaste : faire d’un épisode fondateur un chant sur la mémoire, la faute et la disparition des civilisations.
La force du texte tient à l’écart entre la grandeur du mythe et la présence concrète d’une voix individuelle. Cette perspective évite que Sodome ne reste une abstraction biblique ou un symbole univoque. En revanche, la langue très travaillée peut paraître insistante, et certaines images perdent de leur portée lorsqu’elles sont détachées de la scène. L’ensemble s’adresse donc davantage aux lecteurs sensibles au théâtre poétique qu’à ceux qui recherchent un roman narratif classique.
Pour qui
À lire si
- Aux lecteurs qui apprécient les textes théâtraux brefs, fondés sur une voix forte et une écriture conçue pour être dite.
- À ceux qui souhaitent redécouvrir un mythe biblique sous un angle littéraire, politique et humain.
- Aux lecteurs de Laurent Gaudé attirés par ses récits tragiques et ses formes proches du chant.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent un roman à nombreux personnages, avec une intrigue développée et des rebondissements réguliers.
- Ceux que les monologues lyriques et les répétitions de la poésie dramatique risquent de lasser.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Une voix narratrice qui donne une dimension humaine et sensible au mythe de Sodome.
- Une construction musicale fondée sur le rythme, les reprises et l’adresse directe.
- Une réflexion nette sur la violence collective, la mémoire et la disparition.
Ce qui coince
- La forme du monologue réduit l’action et peut produire une impression d’immobilité.
- L’écriture très lyrique laisse parfois les images prendre le pas sur la progression dramatique.
Fiche technique
- Auteur
- Laurent Gaudé
- Éditeur
- Actes Sud
- Parution
- 2009
- Format
- Numérique
Par la rédaction de Livres et pensées.