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Livres et pensées
Couverture de Se perdre

Se perdre

de Annie Ernaux

4/5selon la rédaction

4,1/5 sur Amazon, 196 évaluations, relevé en septembre 2026

Un journal de désir et de dépendance, d’une franchise radicale, qui peut rebuter par sa répétition et son exposition de soi.

En bref

Entre 1988 et 1990, Annie Ernaux consigne dans son journal intime la relation passionnelle qu’elle entretient avec un diplomate soviétique. Elle y explore l’attente, le désir, la jalousie et la dépendance affective, dans une écriture directe, fragmentaire et sans volonté d’embellissement.

À propos du livre

Dans Se perdre, Annie Ernaux ne raconte pas seulement une liaison : elle observe les effets du désir sur la pensée, l’emploi du temps et la perception de soi. L’attente d’un appel, l’interprétation d’un silence ou la préparation d’une rencontre deviennent des événements à part entière. Le livre met ainsi en jeu une expérience très intime, mais aussi des rapports de pouvoir liés à l’âge, au sexe et à la disponibilité affective. L’autrice examine sa propre dépendance sans chercher à la rendre plus acceptable.

La forme du journal impose une progression discontinue, faite de dates, de notations brèves, de reprises et de variations autour des mêmes obsessions. Cette répétition n’est pas un défaut accidentel : elle restitue la durée particulière de l’attente et la manière dont une passion envahit la conscience. Ernaux privilégie une langue dépouillée, souvent sèche, qui refuse l’analyse psychologique trop ordonnée comme la mise en scène romanesque. La précision concrète des détails contraste avec l’incertitude des sentiments.

Le livre occupe une place importante dans l’œuvre d’Ernaux par son degré d’exposition et par sa réflexion sur l’écriture de l’intime. Il prolonge les recherches de l’autrice sur la mémoire, la sexualité et les déterminismes sociaux, tout en se distinguant de ses récits plus construits par son caractère immédiatement diariste. L’expérience personnelle n’y est pas transformée en confession destinée à susciter la compassion : elle devient un matériau d’observation, soumis à une exigence de vérité parfois inconfortable.

La réputation de Se perdre repose principalement sur cette franchise sans protection et sur la tension entre la banalité des situations amoureuses et la rigueur avec laquelle elles sont examinées. Le texte peut être lu comme un document sur le désir, mais aussi comme une réflexion sur ce que l’écriture permet de comprendre après coup. Sa force tient à cette absence de distance décorative. Elle peut toutefois rendre la lecture éprouvante pour qui attend une intrigue développée ou une progression narrative traditionnelle.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs intéressés par les journaux intimes et les récits d’analyse de soi y trouveront une observation particulièrement précise de la dépendance affective.
  • Les lecteurs d’Annie Ernaux qui souhaitent comprendre son travail sur le désir, la sexualité et les rapports sociaux trouveront ici un texte très directement exposé.
  • Les lecteurs sensibles aux écritures fragmentaires apprécieront une forme qui restitue la répétition et l’instabilité de l’attente.

À éviter si

  • Les lecteurs qui recherchent une intrigue construite, des personnages développés et une résolution narrative risquent de trouver le journal trop répétitif.
  • Les lecteurs peu à l’aise avec une représentation explicite du désir et de la dépendance affective pourront juger l’exposition de soi éprouvante.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • La forme diariste restitue avec précision la répétition mentale et temporelle propres à l’attente amoureuse.
  • La langue dépouillée évite de romantiser une relation marquée par la dépendance et la dissymétrie.
  • L’expérience intime est élargie à des enjeux sociaux, notamment la sexualité, l’âge et les rapports de pouvoir.

Ce qui coince

  • La répétition des notations et des obsessions peut donner une impression de stagnation, cohérente avec le sujet mais exigeante pour le lecteur.
  • L’exposition très directe de la vie sexuelle et affective laisse peu de place à la distance romanesque, ce qui peut limiter l’adhésion.

Fiche technique

Auteur
Annie Ernaux
Éditeur
Gallimard
Parution
2001
Format
Poche
Prix éditeur
9,50 €
ISBN
9782073129147

Par la rédaction de Livres et pensées.