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Livres et pensées
Couverture de Sauve qui peut la vie

Sauve qui peut la vie

de Nicole Lapierre

4/5selon la rédaction

3/5 sur Amazon, 25 évaluations, relevé en septembre 2026

Un essai de filiation dense et personnel, destiné aux lecteurs qui apprécient les récits de deuil nourris par les sciences sociales.

En bref

Nicole Lapierre explore les liens entre la perte, la vieillesse, la mémoire familiale et la transmission. Elle mêle récit personnel, réflexion anthropologique et retour sur l’histoire de sa famille juive, dans une prose attentive aux gestes, aux silences et aux stratégies de survie.

À propos du livre

L’essai s’intéresse à ce que les familles transmettent quand les témoins vieillissent et disparaissent. Nicole Lapierre y examine les manières de faire face à la perte, de conserver une mémoire et de donner une forme intelligible à des existences marquées par les déplacements, les ruptures et la menace. L’intime n’est jamais isolé du contexte historique : les destins individuels prennent sens dans une histoire collective, notamment celle des familles juives venues d’Europe centrale.

La construction repose sur un va-et-vient entre souvenirs, scènes familiales, références aux sciences sociales et méditations sur le langage. Cette composition permet à l’autrice de ne pas réduire le deuil à la confidence personnelle. Elle observe les comportements et les objets avec le regard de l’anthropologue, tout en assumant la part affective de son enquête. Le style reste précis, retenu, parfois traversé d’une ironie discrète qui évite le pathos.

Le livre occupe une place cohérente dans l’œuvre de Nicole Lapierre, consacrée aux identités, aux mémoires collectives et aux effets de l’histoire sur les trajectoires individuelles. Il prolonge une réflexion sur la transmission sans transformer la famille en simple objet d’étude. Son intérêt tient précisément à cette double position : l’autrice analyse ce dont elle hérite tout en montrant combien toute mémoire familiale est reconstruite, sélectionnée et disputée.

Récompensé par le prix Médicis essai en 2015, le livre a trouvé sa singularité dans un genre où le récit de soi tend parfois à l’emporter sur l’analyse. Sa portée vient plutôt de l’équilibre entre les deux. Certains lecteurs pourront toutefois ressentir la densité des détours historiques et théoriques comme un ralentissement. L’ouvrage demande une attention soutenue, mais cette exigence donne aussi de l’épaisseur aux questions du deuil, de la filiation et de la survie.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs intéressés par les récits de filiation et par la façon dont les histoires familiales se mêlent à la grande Histoire.
  • Les lecteurs qui apprécient les essais littéraires combinant autobiographie, anthropologie et réflexion sur la mémoire.
  • Les lecteurs sensibles aux questions de transmission, de vieillesse et de deuil, sans rechercher un récit strictement romanesque.

À éviter si

  • Les lecteurs qui attendent une narration linéaire et une intrigue clairement structurée risquent de trouver les digressions nombreuses.
  • Les lecteurs peu attirés par les sciences sociales ou par les récits de mémoire familiale pourront juger l’ensemble trop réflexif.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • L’essai articule avec précision expérience intime et analyse historique, sans réduire l’une à l’autre.
  • La réflexion sur la transmission familiale s’appuie sur des situations concrètes et des observations nuancées.
  • La prose évite le pathos en maintenant une distance critique, même dans les passages les plus personnels.

Ce qui coince

  • Les allers-retours entre récit, analyse et références peuvent rendre la progression moins immédiatement lisible.
  • La densité réflexive laisse parfois les scènes familiales au second plan, ce qui peut frustrer les lecteurs venus chercher un témoignage plus narratif.

Fiche technique

Auteur
Nicole Lapierre
Éditeur
Seuil
Parution
2015
Format
Broché
Prix éditeur
17,00 €
ISBN
9782021283709

Par la rédaction de Livres et pensées.