
Roseanna
de Maj Sjöwall et Per Wahlöö
4,5/5selon la rédaction
4,2/5 sur Amazon, 167 évaluations, relevé en septembre 2026
Un polar fondateur, méthodique et social, qui privilégie l’enquête patiente aux effets spectaculaires.
En bref
Le corps d’une jeune femme est retrouvé dans le lac de Vättern, en Suède. L’inspecteur Martin Beck tente d’identifier la victime, puis de reconstituer ses derniers jours, dans une enquête où chaque détail compte.
À propos du livre
Roseanna installe d’emblée une conception du polar éloignée du spectaculaire. Le crime n’est pas un simple prétexte à rebondissements : il devient le point de départ d’une enquête longue, incertaine, menée par des policiers confrontés à la dispersion des indices et aux limites des procédures. À travers cette affaire, le roman observe aussi les institutions, leurs lenteurs et leurs angles morts. La violence criminelle y reste inséparable d’un environnement social concret, décrit sans dramatisation excessive.
La construction repose sur l’accumulation patiente des informations, les recoupements et les fausses pistes plutôt que sur une succession de coups de théâtre. Martin Beck apparaît comme un enquêteur attentif, persévérant, mais dépourvu de la toute-puissance habituelle de certains héros de fiction policière. L’écriture de Maj Sjöwall et Per Wahlöö est sobre, précise et souvent sèche. Les dialogues et les gestes professionnels donnent au récit une tonalité documentaire, tandis que l’humour discret évite que cette rigueur ne devienne uniforme.
Premier roman de la série consacrée à Martin Beck, Roseanna a contribué à établir les bases du polar nordique moderne, notamment par son regard critique sur la société et la police. Le livre s’inscrit dans une tradition de roman d’enquête réaliste, où le travail collectif compte davantage que l’intuition d’un génie solitaire. Sa réputation tient à cet équilibre entre efficacité policière, observation sociale et refus des simplifications morales. L’ensemble peut sembler moins nerveux que des thrillers contemporains, mais cette lenteur fait partie de son projet.
La force du roman tient également à son influence durable sur le genre. Il propose une figure policière ordinaire, soumise à la fatigue, aux erreurs et aux contraintes administratives, dans un récit où la résolution ne vient jamais abolir la complexité humaine. Cette approche a donné au cycle Martin Beck une place importante dans l’histoire du polar européen. Les lecteurs qui attendent une intrigue très rapide ou une atmosphère constamment oppressante pourront toutefois trouver le rythme exigeant, surtout dans les passages consacrés à la procédure.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui apprécient les enquêtes réalistes, fondées sur le raisonnement, les vérifications et le travail d’équipe.
- Les amateurs de polar nordique qui veulent découvrir l’un des textes fondateurs du genre.
- Les lecteurs intéressés par une critique sociale intégrée à une intrigue policière sans discours démonstratif.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent un thriller rapide, riche en scènes d’action et en retournements fréquents.
- Les lecteurs peu sensibles aux descriptions procédurales et aux enquêtes construites par accumulation d’indices.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- L’enquête progresse par un travail méthodique et crédible, sans faire reposer sa résolution sur des intuitions miraculeuses.
- La caractérisation de Martin Beck et de son équipe montre concrètement les contraintes humaines et professionnelles du métier de policier.
- La critique des institutions et du contexte social s’intègre à l’intrigue sans interrompre son déroulement.
Ce qui coince
- Le rythme volontairement lent peut donner une impression de répétition dans les phases de recherche et de vérification.
- La sobriété du style et la retenue émotionnelle pourront frustrer les lecteurs qui attendent une forte intensité dramatique.
Fiche technique
- Auteur
- Maj Sjöwall et Per Wahlöö
- Éditeur
- Rivages
- Parution
- 1965
- Format
- Broché
- Prix éditeur
- 9,50 €
- ISBN
- 9782743636296
Par la rédaction de Livres et pensées.