
Retour à Cayro
de Dorothy Allison
4/5selon la rédaction
4/5 sur Amazon, 7 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman ample et rugueux sur la filiation, la violence et la possibilité de reconstruire une famille sans effacer ses blessures.
En bref
Après dix-huit ans d’absence, Delia Byrd revient à Cayro, une petite ville du Sud des États-Unis, avec sa fille Cissy. Elle cherche à retrouver ses deux autres filles, restées auprès de leur père, un homme violent dont elle s’était enfuie. Ce retour confronte la famille à un passé que chacun a interprété et subi différemment. Dans une veine réaliste et profondément sociale, Dorothy Allison explore la maternité, la mémoire, la pauvreté et les solidarités fragiles d’une communauté du Sud américain.
À propos du livre
Le roman s’intéresse moins à une réconciliation idéale qu’aux conditions concrètes d’une reconstruction familiale. La violence conjugale, la dépendance économique et les jugements d’une petite communauté pèsent sur les personnages, sans réduire ceux-ci à leurs traumatismes. Delia doit composer avec des filles qui ont grandi sans elle, avec les récits transmis par leur père et avec sa propre culpabilité. Le livre montre ainsi combien les liens du sang ne suffisent pas à réparer une histoire, mais peuvent devenir le point de départ d’un travail patient.
La construction repose sur un ensemble de voix, de souvenirs et de points de vue qui donnent à l’histoire une épaisseur collective. Allison ne présente pas Cayro comme un simple décor provincial : la ville agit comme un espace de surveillance, de réputation et d’entraide, où les secrets circulent autant que les secours. L’écriture associe une observation sociale précise à une attention soutenue aux gestes, aux silences et aux contradictions affectives. Cette ampleur rend le récit riche, mais demande d’accepter un rythme parfois plus méditatif que dramatique.
Avec Retour à Cayro, Dorothy Allison prolonge les préoccupations de son premier roman, L’Histoire de Bone : enfance exposée à la violence, familles instables, classe sociale et capacité de survie. Le regard se déplace toutefois vers une génération adulte et vers la question de la responsabilité parentale. Le roman évite de distribuer simplement les rôles de victimes et de coupables. Même lorsque les comportements sont condamnables, Allison s’attache à montrer les héritages sociaux et affectifs qui les rendent possibles, sans les excuser.
La réputation du livre tient à cette combinaison entre roman familial, récit de formation tardif et chronique sociale du Sud des États-Unis. Les personnages féminins y occupent une place centrale, avec leurs désirs, leurs rancœurs et leurs stratégies de protection. L’ensemble ne cherche pas l’apaisement facile : les blessures restent présentes et les relations demeurent ambivalentes. Cette absence de solution simpliste constitue l’une des forces du roman, tout comme son attention aux formes de solidarité qui se construisent en dehors des modèles familiaux traditionnels.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui apprécient les romans familiaux centrés sur la mémoire, la transmission et les liens difficiles entre parents et enfants.
- Les lecteurs intéressés par une littérature sociale américaine attentive à la pauvreté, aux violences faites aux femmes et aux solidarités locales.
- Les lecteurs qui aiment les récits polyphoniques, denses et psychologiques, où les personnages ne sont jamais réduits à une seule identité.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue très resserrée et un rythme constamment soutenu pourront trouver le roman trop ample et contemplatif.
- Les lecteurs sensibles aux récits de violence conjugale risquent d’être éprouvés par la place accordée à ce passé familial.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Les personnages féminins sont construits avec une réelle complexité morale, sans opposition simpliste entre victimes et coupables.
- Le roman articule efficacement histoire intime et critique sociale du Sud américain.
- La multiplicité des voix restitue la manière dont une même histoire familiale se transforme selon ceux qui la racontent.
Ce qui coince
- L’ampleur du récit et la circulation entre les points de vue peuvent ralentir la lecture et atténuer la tension narrative.
- Certaines situations et certains conflits sont développés avec une insistance qui donne parfois au roman une impression de lourdeur.
Fiche technique
- Auteur
- Dorothy Allison
- Éditeur
- Belfond
- Parution
- 1998
- Format
- Broché
- Prix éditeur
- 19,67 €
- ISBN
- 9782714436177
Par la rédaction de Livres et pensées.