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Livres et pensées
Couverture de Professeur Bell, tome 1 : Le Mexicain à deux têtes

Professeur Bell, tome 1 : Le Mexicain à deux têtes

de Joann Sfar

3,5/5selon la rédaction

Une enquête victorienne macabre et fantasque, portée par le trait nerveux de Sfar et un goût marqué pour l’étrange.

En bref

Dans une Écosse victorienne brumeuse, le professeur Bell mène une enquête autour d’un Mexicain à deux têtes. Joann Sfar mêle l’univers du récit fantastique, l’humour noir et les codes de l’enquête dans une bande dessinée au ton singulier.

À propos du livre

Le récit s’intéresse moins à la résolution méthodique d’une énigme qu’à l’atmosphère trouble qui l’entoure. Le professeur Bell évolue dans un monde où la médecine, les croyances populaires et les phénomènes inquiétants se côtoient sans frontières nettes. Cette ambiguïté donne à l’album son principal enjeu : le lecteur ne sait jamais complètement s’il se trouve dans une enquête criminelle, un conte macabre ou une fable sur la monstruosité et la différence.

La construction privilégie une succession de scènes et de rencontres, avec un rythme parfois heurté qui correspond à l’imaginaire de Sfar. Le dessin, nerveux et expressif, travaille davantage la suggestion que la précision réaliste. Les décors, les silhouettes et les visages composent une Angleterre fantasmée, presque théâtrale, où l’inquiétude naît autant des dialogues que des images. L’humour désamorce régulièrement l’horreur, sans la faire disparaître.

Professeur Bell appartient aux œuvres qui installent très tôt les obsessions de Joann Sfar : les personnages marginaux, les récits de transmission, le rapport entre rationalité et surnaturel, ainsi qu’un goût pour les narrateurs difficiles à classer. L’album ne cherche pas à reproduire fidèlement le roman policier victorien. Il en détourne plutôt les motifs pour construire une aventure personnelle, plus proche du fantastique littéraire et du récit d’initiation que du polar classique.

Cette singularité explique à la fois l’intérêt et les réserves que peut susciter le livre. L’univers possède une véritable cohérence visuelle et une voix reconnaissable, mais la narration laisse parfois des fils en suspens et privilégie l’impression produite à la progression de l’intrigue. Ce premier tome s’adresse donc surtout aux lecteurs qui apprécient les bandes dessinées d’ambiance, les personnages excentriques et les récits qui acceptent une part d’inachèvement.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs attirés par les récits fantastiques de facture victorienne, surtout lorsqu’ils préfèrent l’atmosphère et l’étrangeté au réalisme historique.
  • Les amateurs de Joann Sfar qui souhaitent retrouver ses thèmes de prédilection dans une aventure plus sombre et macabre.
  • Les lecteurs de bande dessinée qui apprécient un dessin expressif et des intrigues volontairement obliques.

À éviter si

  • Les lecteurs qui recherchent une enquête policière rigoureuse, avec une progression logique et une résolution clairement détaillée.
  • Les amateurs de dessin réaliste ou de récits fantastiques très codifiés risquent de trouver le trait et la narration trop libres.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • L’album crée une atmosphère victorienne immédiatement identifiable, entre brume, étrangeté et humour noir.
  • Le dessin de Joann Sfar donne aux personnages une expressivité forte et maintient une tension entre grotesque et inquiétude.
  • Le récit combine enquête, fantastique et réflexion sur la monstruosité sans se réduire aux conventions d’un seul genre.

Ce qui coince

  • La progression narrative est parfois discontinue, ce qui rend l’enquête moins lisible qu’une intrigue policière traditionnelle.
  • Certaines idées restent davantage esquissées qu’approfondies, une limite qui peut frustrer les lecteurs attachés aux récits fermés.

Fiche technique

Auteur
Joann Sfar
Éditeur
Dargaud
Parution
1999
Format
Relié
Prix éditeur
15,50 €
ISBN
9782413092681

Par la rédaction de Livres et pensées.