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Livres et pensées
Couverture de Professeur Bell T04, Promenade des Anglaises

Professeur Bell T04, Promenade des Anglaises

de Joann Sfar

3,5/5selon la rédaction

Un album étrange et mordant, recommandé aux lecteurs qui préfèrent l’enquête fantastique linéaire aux récits plus baroques.

En bref

Dans ce quatrième volume, le professeur Bell poursuit ses aventures d’enquêteur dans un univers victorien traversé par le fantastique et l’absurde. Joann Sfar délaisse les codes de l’enquête classique pour privilégier une atmosphère inquiétante, des rencontres singulières et une imagination très libre.

À propos du livre

La série met en scène un enquêteur qui ne cherche pas seulement à résoudre des énigmes rationnelles. Le surnaturel, les croyances, la violence et la folie s’y mêlent sans frontière nette, dans une société où les apparences respectables dissimulent souvent des phénomènes inquiétants. Ce quatrième album prolonge cette vision d’un monde instable, où l’étrangeté n’est pas un simple ressort de scénario, mais une manière de regarder les personnages et leurs obsessions.

Joann Sfar construit ses récits par associations, digressions et changements de tonalité. Une situation comique peut rapidement devenir macabre, tandis qu’une scène inquiétante conserve une forme de légèreté dans les dialogues. Cette composition volontairement irrégulière donne à l’album son charme, mais demande d’accepter une narration qui ne privilégie ni la clarté immédiate ni le suspense classique. Le dessin participe à cette impression de liberté, avec une expressivité qui compte autant que la précision des décors.

Professeur Bell occupe une place singulière dans l’œuvre de Sfar : la série reprend certains attributs de l’enquête victorienne tout en les déplaçant vers la fable, le conte cruel et l’humour noir. Le personnage ne fonctionne pas comme un détective rationnel destiné à remettre de l’ordre dans le monde. Il évolue plutôt dans un univers où l’enquête révèle de nouvelles zones d’incertitude, selon une logique très personnelle de l’auteur.

La réputation de l’album tient surtout à cette combinaison entre références gothiques, étrangeté quotidienne et liberté graphique. Les lecteurs sensibles à l’univers de Sfar y retrouveront une imagination reconnaissable et une façon peu conventionnelle de traiter le fantastique. En revanche, ceux qui attendent une intrigue policière solidement balisée ou une progression parfaitement explicite pourront rester à distance de cette promenade volontairement sinueuse.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs de bande dessinée fantastique qui apprécient les récits gothiques, l’humour noir et les atmosphères décalées.
  • Les lecteurs de Joann Sfar intéressés par ses premières explorations de l’enquête, du conte et de l’absurde.
  • Les amateurs d’histoires graphiques qui privilégient la voix des personnages et l’invention formelle à la mécanique policière.

À éviter si

  • Les lecteurs qui recherchent une enquête réaliste, méthodique et résolue selon une logique strictement rationnelle.
  • Les lecteurs peu sensibles aux digressions, aux ruptures de ton et aux récits dont l’étrangeté reste plus importante que l’explication.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • L’album mêle efficacement références victoriennes, fantastique et humour noir sans se réduire à une simple parodie policière.
  • Les dialogues et les ruptures de ton installent une atmosphère singulière, à la fois inquiétante et burlesque.
  • Le dessin expressif de Joann Sfar accompagne la liberté de la narration et donne aux personnages une forte présence.

Ce qui coince

  • La construction par digressions peut affaiblir la tension narrative et rendre certains enchaînements moins lisibles.
  • L’absence de résolution rationnelle et de progression policière classique risque de frustrer les lecteurs venus chercher un récit d’enquête traditionnel.

Fiche technique

Auteur
Joann Sfar
Éditeur
Delcourt
Parution
2006
Format
Relié
Prix éditeur
15,50 €
ISBN
9782413092711

Par la rédaction de Livres et pensées.