
Persépolis, tome 3
de Marjane Satrapi
4,5/5selon la rédaction
4,6/5 sur Amazon, 31 évaluations, relevé en septembre 2026
Un volume plus grave, où l’exil et le retour deviennent une épreuve intime, politique et culturelle racontée avec une grande sobriété.
En bref
De retour en Iran après plusieurs années passées en Autriche, Marjane retrouve sa famille et un pays profondément marqué par la guerre et la répression. Elle tente de reprendre une vie normale, entre études, relations sentimentales et contraintes sociales, tout en mesurant le décalage créé par l’exil.
À propos du livre
Ce troisième volume déplace le centre de gravité de Persépolis : après l’enfance observatrice et l’expérience de l’exil, Marjane doit composer avec un pays qu’elle connaît intimement mais qu’elle ne peut plus retrouver tel qu’elle l’a quitté. Le retour confronte les souvenirs à la réalité quotidienne, les convictions personnelles aux normes collectives. La guerre, la religion institutionnelle et la surveillance politique restent présentes, mais le livre s’intéresse aussi aux conséquences psychologiques de l’isolement et à la difficulté de se sentir chez soi.
Marjane Satrapi traite ces tensions sans transformer son récit en démonstration théorique. Le dessin en noir et blanc, aux formes volontairement simples, met les visages, les silences et les gestes au premier plan. Cette économie graphique rend lisibles les situations politiques tout en préservant la dimension subjective du témoignage. L’humour persiste, souvent comme une manière de résister à l’absurde, mais il cohabite ici avec une tonalité plus sombre et une attention accrue aux contradictions de l’âge adulte.
Dans l’ensemble de Persépolis, ce tome occupe une position charnière. Il ne raconte plus seulement la formation d’une enfant dans une société bouleversée, mais les efforts d’une jeune femme pour choisir sa place entre plusieurs cultures et plusieurs définitions de la liberté. Satrapi évite de présenter l’Iran ou l’Europe comme des blocs homogènes : les deux espaces sont traversés par la solitude, les malentendus et les compromis. Cette complexité donne au récit autobiographique une portée qui dépasse le seul témoignage familial.
La réputation de Persépolis tient notamment à l’équilibre entre lisibilité narrative et densité historique. Ce volume conserve une composition très accessible, faite de séquences courtes et de dialogues directs, tout en laissant apparaître les zones d’incertitude et les contradictions de la narratrice. Certains passages privilégient l’efficacité du récit à l’analyse approfondie des événements politiques, ce qui peut frustrer les lecteurs qui attendent une chronique historique détaillée. Pour une bande dessinée autobiographique, en revanche, cette priorité donnée à l’expérience vécue est cohérente et expressive.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui cherchent une bande dessinée autobiographique mêlant histoire politique, intimité et réflexion sur l’exil y trouveront une approche directe et nuancée.
- Les lecteurs intéressés par les récits de passage à l’âge adulte apprécieront la manière dont les choix personnels restent liés aux contraintes sociales et culturelles.
- Les amateurs de récits graphiques en noir et blanc, fondés sur la sobriété du trait et la force du dialogue, pourront s’y retrouver.
À éviter si
- Les lecteurs qui veulent une histoire exhaustive de l’Iran contemporain risquent de trouver le point de vue autobiographique trop subjectif et sélectif.
- Les lecteurs qui préfèrent une narration légère ou détachée peuvent être gênés par la place accordée à la solitude, au malaise et aux conflits identitaires.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le récit relie concrètement les bouleversements politiques aux effets qu’ils produisent sur les relations, les études et les choix personnels.
- Le noir et blanc stylisé rend les situations immédiatement lisibles sans atténuer leur gravité.
- L’autrice maintient une voix narrative lucide, capable de passer de l’ironie à l’introspection sans changer de registre artificiellement.
Ce qui coince
- La construction en épisodes courts simplifie parfois des contextes historiques et sociaux complexes, ce qui limite la profondeur documentaire du volume.
- La tonalité introspective et les situations de malaise occupent une place importante, au risque de rendre certains passages moins variés pour les lecteurs sensibles à la répétition.
Fiche technique
- Auteur
- Marjane Satrapi
- Éditeur
- L’Association
- Parution
- 2002
- Format
- Broché
- Prix éditeur
- 17,00 €
- ISBN
- 9782844141040
Par la rédaction de Livres et pensées.