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Livres et pensées
Couverture de Persépolis 2

Persépolis 2

de Marjane Satrapi

4,5/5selon la rédaction

Un second volume plus ample et plus sombre, où l’humour de Satrapi accompagne une réflexion incisive sur l’exil et l’identité.

En bref

Marjane poursuit le récit de son adolescence entre l’Iran révolutionnaire et l’Europe, confrontée à l’exil, à la solitude et aux contradictions de son identité. Dans un noir et blanc épuré, Marjane Satrapi mêle chronique familiale, témoignage politique et récit d’apprentissage.

À propos du livre

Ce volume approfondit les thèmes qui faisaient la force du premier : la violence politique, l’arbitraire idéologique, les contraintes imposées aux femmes et la difficulté de grandir dans un pays bouleversé par la révolution et la guerre. L’expérience de l’exil déplace toutefois le centre de gravité du récit. L’oppression ne disparaît pas, elle prend d’autres formes, liées au déracinement, au regard des autres et à l’impossibilité de se reconnaître pleinement dans un seul pays.

La construction repose sur une succession de scènes brèves, souvent organisées autour d’un souvenir, d’un échange familial ou d’un choc culturel. Le dessin en noir et blanc, volontairement frontal, évite le pittoresque et donne aux situations une netteté presque documentaire. Satrapi alterne la gravité et la satire sans annuler l’une par l’autre : une remarque comique peut révéler une blessure, tandis qu’un épisode intime acquiert une portée politique.

Persépolis 2 complète le récit autobiographique commencé avec le premier volume en faisant de la formation d’une conscience adulte son véritable sujet. Satrapi ne transforme pas son expérience en leçon générale : elle conserve ses contradictions, ses erreurs et ses zones d’inconfort. Cette franchise explique la place durable de l’ouvrage dans la bande dessinée autobiographique et dans le roman graphique à portée historique.

La réussite du livre tient à l’équilibre entre lisibilité et complexité. Les images, très dépouillées, rendent immédiatement perceptibles les rapports de pouvoir, tandis que le texte fait entendre une voix personnelle, ironique et parfois dure envers elle-même. Le récit peut se lire comme un témoignage sur l’Iran contemporain, mais aussi comme une histoire de passage à l’âge adulte, accessible sans réduire les enjeux politiques à un simple décor.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs intéressés par les récits autobiographiques qui articulent histoire politique, vie familiale et construction de soi.
  • Les lecteurs de romans graphiques qui apprécient un dessin épuré, une narration par épisodes et un humour capable de côtoyer la gravité.
  • Les lecteurs qui cherchent un récit sur l’exil et le sentiment d’appartenance, sans traitement démonstratif ni simplification des conflits identitaires.

À éviter si

  • Les lecteurs qui attendent une intrigue d’aventures continue ou un récit entièrement centré sur les événements politiques risquent de trouver la forme fragmentée et très personnelle déconcertante.
  • Les lecteurs peu sensibles au noir et blanc très stylisé ou à l’alternance entre ironie, malaise et scènes douloureuses pourraient rester à distance.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • Le récit rend concrètes les conséquences intimes de la révolution, de la guerre et de l’exil sans dissocier la grande histoire de la vie quotidienne.
  • Le noir et blanc de Marjane Satrapi possède une grande efficacité narrative : les silhouettes et les contrastes font comprendre rapidement les rapports de force.
  • L’humour autobiographique introduit de la distance sans neutraliser la violence des situations ni les contradictions de la narratrice.

Ce qui coince

  • La succession d’épisodes peut donner une impression de discontinuité à ceux qui attendent une progression romanesque plus régulière.
  • La voix très présente de l’autrice laisse peu de place à des personnages secondaires développés en dehors de son propre point de vue.

Fiche technique

Auteur
Marjane Satrapi
Parution
2001
Format
Relié

Par la rédaction de Livres et pensées.