
Où on va, papa ?
de Jean-Louis Fournier
4/5selon la rédaction
4,3/5 sur Amazon, 919 évaluations, relevé en septembre 2026
Un récit bref, drôle et douloureux, porté par une voix singulière, mais dont l’humour peut mettre certains lecteurs mal à l’aise.
En bref
Jean-Louis Fournier raconte son quotidien de père de deux garçons lourdement handicapés, Mathieu et Thomas. Entre tendresse, fatigue, culpabilité et humour noir, il compose un récit intime qui refuse le pathos sans esquiver la douleur.
À propos du livre
Le livre aborde le handicap à hauteur de famille, dans ce qu’il implique de contraintes concrètes, de renoncements et d’inquiétudes durables. Le père ne cherche ni à produire un témoignage exemplaire ni à transformer ses fils en symboles. Il montre plutôt les sentiments contradictoires qui traversent une relation familiale marquée par la dépendance, l’amour, l’épuisement et la peur de l’avenir. Cette franchise donne au texte sa force, tout en exposant le lecteur à une parole parfois inconfortable.
Jean-Louis Fournier adopte une forme fragmentaire, composée de chapitres courts et de scènes resserrées. Les phrases simples, les chutes fréquentes et l’humour noir créent un contraste avec la gravité du sujet. Cette écriture permet d’éviter les longues explications psychologiques et les effets mélodramatiques, mais elle impose aussi une distance particulière. Le rire n’annule jamais la souffrance, il sert plutôt à la rendre dicible, parfois au risque de paraître abrupt ou cruel.
Dans l’œuvre de Fournier, ce livre prolonge un goût pour l’observation satirique et les formules décalées, mais il déplace cette veine vers l’autobiographie familiale. Sa singularité tient à cette alliance entre pudeur et irrévérence, qui rompt avec le récit compassionnel généralement associé au handicap. Le texte ne prétend pas fournir une réflexion médicale ou sociale complète : il reste le récit subjectif d’un père, avec ses angles morts et ses contradictions.
La réception du livre s’explique notamment par cette voix immédiatement reconnaissable et par sa capacité à faire coexister le rire et la peine sans les hiérarchiser. Son obtention du prix Femina en 2008 a consacré un récit court, accessible et largement discuté. La réputation du livre repose moins sur une intrigue que sur une expérience de lecture dérangeante, où l’humour oblige à considérer des émotions que la bienséance conduit souvent à taire.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs intéressés par les récits autobiographiques sur la famille et le handicap, à condition d’accepter une parole directe et subjective.
- Les lecteurs qui apprécient les textes courts, fragmentaires, fondés sur l’humour noir et l’observation des situations ordinaires.
- Les lecteurs attirés par une littérature intime qui préfère l’ambivalence et la franchise au témoignage édifiant.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent un récit consensuel, réconfortant ou exclusivement respectueux dans sa formulation risquent d’être heurtés par certaines saillies humoristiques.
- Les lecteurs qui cherchent une analyse sociale ou médicale du handicap resteront sur leur faim, car le livre privilégie l’expérience personnelle du père.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- L’humour noir cohabite avec la douleur sans transformer le récit en simple comédie ni en manifeste compassionnel.
- La forme brève et fragmentaire donne au texte un rythme net, adapté à la succession de scènes et de pensées.
- La voix autobiographique assume des sentiments contradictoires que les récits familiaux présentent souvent de manière plus lisse.
Ce qui coince
- Certaines formules peuvent sembler provocantes ou injustes, surtout si l’humour noir est reçu comme une prise de distance envers les enfants.
- La brièveté du livre laisse peu de place au point de vue des fils et aux dimensions sociales ou médicales du handicap, ce qui limite sa portée documentaire.
Fiche technique
- Auteur
- Jean-Louis Fournier
- Éditeur
- Le Livre de Poche
- Parution
- 2008
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 7,90 €
- ISBN
- 9782253127840
Par la rédaction de Livres et pensées.