
Onysos le furieux, suivi de Le Tigre bleu de l'Euphrate
de Laurent Gaudé
4/5selon la rédaction
4,4/5 sur Amazon, 42 évaluations, relevé en septembre 2026
Deux monologues théâtraux denses, portés par une langue incantatoire, qui conviendront aux lecteurs sensibles à la tragédie et aux récits de conquête.
En bref
Dans Onysos le furieux, un personnage lié au dieu Dionysos traverse les siècles et raconte une existence placée sous le signe du désir, de la violence et de l'excès. Le Tigre bleu de l'Euphrate donne la parole à Alexandre le Grand, au seuil de la mort, lorsqu'il revient sur son parcours de conquérant. Ces deux pièces en monologue explorent la démesure humaine dans une langue théâtrale et poétique.
À propos du livre
Ces deux textes mettent en scène des figures historiques ou mythologiques qui refusent les limites ordinaires. Onysos porte une parole de débordement, nourrie par le voyage, la guerre, la fête et le désir d'échapper à la condition humaine. Alexandre, lui, apparaît confronté à l'épuisement de la conquête et à la question de ce qu'il reste d'une vie consacrée à repousser les frontières. Laurent Gaudé ne compose pas des portraits documentaires : il transforme ces personnages en forces symboliques, traversées par la soif et la démesure.
La construction repose presque entièrement sur la voix. Chaque pièce prend la forme d'un long monologue, ce qui donne au texte une forte continuité rythmique, mais limite aussi la diversité des points de vue et des échanges dramatiques. La phrase avance par reprises, apostrophes, images et mouvements d'amplification. Cette écriture a quelque chose d'incantatoire : elle vise moins le réalisme psychologique que la projection d'une parole sur une scène, face à un public, dans une relation directe et tendue.
Le rapprochement des deux pièces est particulièrement fécond. Onysos incarne une puissance qui se prolonge à travers les âges, tandis qu'Alexandre représente l'homme qui a voulu agrandir le monde par l'action et la conquête. Tous deux sont liés à une expérience de l'excès, mais leurs voix n'ont pas exactement la même couleur. Le volume permet ainsi de lire deux variations sur la grandeur, la fatigue et le désir d'absolu, sans les réduire à une simple réécriture de l'Antiquité.
Ces textes appartiennent aux premières explorations théâtrales de Laurent Gaudé et annoncent son intérêt durable pour les figures confrontées à l'histoire, à la violence et à la mort. Leur réputation tient largement à l'intensité de cette parole théâtrale, qui peut prendre une ampleur presque épique sans devenir un récit traditionnel. L'ensemble demande toutefois une disponibilité particulière : l'effet produit dépend beaucoup de la voix imaginée, du rythme et de l'acceptation d'une écriture stylisée, plus lyrique que dialoguée.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui aiment le théâtre en monologue et les textes construits autour d'une voix forte y trouveront une vraie continuité musicale.
- Les amateurs de mythologie, d'Antiquité et de personnages historiques réinventés apprécieront la manière dont ces figures deviennent des interrogations sur la démesure.
- Les lecteurs attirés par une écriture poétique, rythmée et destinée à être dite à voix haute pourront en goûter pleinement l'ampleur.
À éviter si
- Les lecteurs qui cherchent une intrigue développée par de nombreux personnages et des dialogues successifs risquent de trouver la forme trop uniforme.
- Les lecteurs peu sensibles au lyrisme théâtral ou aux visions symboliques de l'histoire pourront juger le texte emphatique.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Les deux monologues donnent à entendre des voix nettement caractérisées, avec un rythme et une énergie adaptés à la scène.
- Le rapprochement entre Dionysos et Alexandre construit une réflexion cohérente sur la conquête, le désir et le refus des limites.
- La langue associe souffle épique, images concrètes et reprises oratoires sans se réduire à une simple reconstitution historique.
Ce qui coince
- La forme monologique réduit les confrontations dramatiques et peut produire une impression de monotonie sur une lecture continue.
- L'écriture très lyrique privilégie l'intensité et la portée symbolique au détriment d'une psychologie plus nuancée.
Fiche technique
- Auteur
- Laurent Gaudé
- Éditeur
- Actes Sud
- Parution
- 1997
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 7,30 €
- ISBN
- 9782330039417
Par la rédaction de Livres et pensées.