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Livres et pensées
Couverture de On est toujours trop bon avec les femmes

On est toujours trop bon avec les femmes

de Raymond Queneau

3,5/5selon la rédaction

4,5/5 sur Amazon, 12 évaluations, relevé en septembre 2026

Une satire brève et irrévérencieuse, à recommander aux lecteurs qui aiment les pastiches historiques et l’humour verbal de Queneau.

En bref

Présenté comme un roman irlandais de Sally Mara, le livre prend pour cadre l’insurrection de Pâques à Dublin. Des insurgés se retrouvent enfermés dans un bureau de poste avec une jeune femme, tandis que la situation militaire et les rapports entre les personnages se dérèglent progressivement. Queneau mêle farce, satire politique et parodie de traduction.

À propos du livre

Le livre détourne un épisode historique sérieux pour observer la confusion des hommes pris dans l’action, le désir et les discours héroïques. L’insurrection irlandaise sert moins de sujet documentaire que de décor à une comédie de groupe, où les certitudes patriotiques se heurtent aux intérêts immédiats et aux pulsions. Le titre annonce déjà le principe du récit : la prétendue galanterie devient une manière de ridiculiser les conventions masculines, la morale et les postures de bravoure.

La construction repose sur une fausse attribution à Sally Mara et sur la présentation du texte comme une traduction de l’irlandais par Michel Presle. Ce dispositif permet à Queneau de jouer avec les maladresses, les décalages de registre et les commentaires implicites sur la langue. Le style avance par accélérations comiques, dialogues incongrus et ruptures de ton. La lecture demande d’accepter une logique volontairement instable, où la précision historique compte moins que le mécanisme de la farce.

Dans l’œuvre de Queneau, ce roman occupe une place particulière par son goût marqué pour le pastiche et la fiction d’auteur. Il prolonge son intérêt pour les usages populaires, savants et déformés du langage, tout en prenant une forme plus ouvertement burlesque que ses romans les plus connus. Sa réputation tient à cette liberté de ton et à son refus de traiter la guerre, l’héroïsme ou la sexualité selon les codes attendus.

Cette réussite a toutefois son envers : la satire peut sembler appuyée, et certaines plaisanteries dépendent fortement du contexte historique ou des jeux de langage. Le récit privilégie l’insolence et la vitesse à l’épaisseur psychologique. Il reste néanmoins représentatif d’un Queneau qui préfère déplacer les catégories, brouiller les autorités et faire de la langue un instrument de désacralisation, plutôt qu’expliquer longuement les événements qu’il met en scène.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs qui apprécient Raymond Queneau pour ses jeux de langue, ses pastiches et son humour irrévérencieux y trouveront une forme particulièrement concentrée de son art.
  • Les amateurs de romans historiques décalés, qui préfèrent la satire des postures héroïques à la reconstitution fidèle, pourront apprécier ce détournement de l’insurrection irlandaise.
  • Les lecteurs intéressés par les faux auteurs, les fausses traductions et les dispositifs littéraires y découvriront un exemple net de fiction métatextuelle.

À éviter si

  • Les lecteurs qui cherchent une reconstitution documentée de l’insurrection de Pâques ou un récit historique réaliste risquent d’être frustrés par la priorité donnée à la farce.
  • Les lecteurs peu sensibles à l’humour sexuel, aux personnages volontairement caricaturaux et aux jeux de langage peuvent trouver le ton daté ou répétitif.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • Le dispositif de la fausse traduction transforme la langue, les maladresses et les écarts de registre en ressorts comiques.
  • Le cadre historique fournit à la satire un contraste efficace entre l’héroïsme proclamé et la trivialité des comportements.
  • La brièveté du roman maintient une forte densité de situations et de traits d’humour.

Ce qui coince

  • La caricature des personnages réduit parfois les enjeux humains à des fonctions comiques, ce qui limite l’attachement aux protagonistes.
  • Certaines plaisanteries et références peuvent perdre de leur efficacité pour un lecteur éloigné du contexte irlandais ou des conventions littéraires parodiées.

Fiche technique

Auteur
Raymond Queneau
Parution
1947
Format
Broché

Par la rédaction de Livres et pensées.