
Nous
de Evgueni Zamiatine
4/5selon la rédaction
4,3/5 sur Amazon, 263 évaluations, relevé en septembre 2026
Une dystopie fondatrice, exigeante par sa forme et sa vision politique, à lire pour comprendre l’histoire du genre.
En bref
Dans une société future entièrement régie par les mathématiques, les citoyens vivent sous le contrôle du Bienfaiteur. D-503, constructeur de vaisseau spatial, voit ses certitudes vaciller lorsqu’il rencontre I-330, une femme qui l’entraîne vers le doute, le désir et la révolte.
À propos du livre
Zamiatine imagine une cité de verre où la transparence est devenue un instrument de gouvernement. Les individus y portent des numéros, suivent des horaires réglés et acceptent une conception du bonheur fondée sur la suppression du libre arbitre. À travers la crise de D-503, le roman interroge moins la seule surveillance politique que la tentation de renoncer à sa liberté en échange de la sécurité, de l’ordre et d’une existence débarrassée de l’incertitude.
La construction épouse l’état mental du narrateur. Le récit prend la forme de notes qui passent progressivement d’une observation froide et géométrique à une écriture heurtée, traversée d’images, de contradictions et de sensations. Les métaphores mathématiques, les motifs du verre, de la lumière et de la mécanique donnent au texte une cohérence très particulière. Cette langue peut dérouter, mais elle rend sensible la désagrégation d’une conscience jusque-là parfaitement alignée sur le système.
Nous appartient aux textes fondateurs de la dystopie moderne, aux côtés des grands récits qui ont exploré la standardisation des individus et l’emprise de l’État sur l’intime. Sa singularité tient à son mélange de satire politique, de récit amoureux et de spéculation scientifique. Zamiatine ne décrit pas seulement un régime oppressif : il montre comment une idéologie peut s’installer dans les réflexes, le vocabulaire et les désirs de ceux qu’elle administre.
La réputation du roman repose autant sur ses thèmes que sur son antériorité et sa forme expérimentale. Il ne fonctionne pas comme un simple récit d’anticipation à rebondissements : son intérêt vient de la tension entre la netteté du projet collectif et le désordre croissant de la voix qui le raconte. Certaines allégories paraissent aujourd’hui appuyées, mais leur force demeure dans cette analyse de la liberté comme expérience risquée, instable et profondément individuelle.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui veulent découvrir une dystopie politique exigeante, davantage fondée sur les idées et la langue que sur l’action.
- Les amateurs de science-fiction intéressés par les origines du genre et par les récits de contrôle social.
- Les lecteurs sensibles aux narrateurs peu fiables et aux formes qui traduisent directement une crise intérieure.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue rapide et de nombreux rebondissements peuvent trouver le récit statique et conceptuel.
- Ceux qui préfèrent une dystopie expliquée de manière réaliste risquent d’être déconcertés par son symbolisme et son écriture très métaphorique.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- La forme des notes rend concrète l’évolution psychologique du narrateur, sans recourir à de longues explications.
- L’organisation sociale est décrite avec une précision qui relie architecture, langage, emploi du temps et contrôle politique.
- Le roman associe réflexion politique, tension amoureuse et spéculation scientifique dans une structure cohérente.
Ce qui coince
- Le symbolisme appuyé et les images récurrentes peuvent donner une impression de démonstration insistante.
- La progression narrative reste parfois lente, car les enjeux philosophiques prennent le pas sur l’action.
Fiche technique
- Auteur
- Evgueni Zamiatine
- Éditeur
- Actes Sud
- Parution
- 1920
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 8,20 €
- ISBN
- 9782330143220
Par la rédaction de Livres et pensées.