
Les yeux verts
de Marguerite Duras
4/5selon la rédaction
5/5 sur Amazon, 2 évaluations, relevé en septembre 2026
Un livre dense et singulier, à privilégier pour comprendre la pensée cinématographique de Duras plutôt que pour découvrir une théorie du cinéma.
En bref
Marguerite Duras y parle de cinéma, de ses propres films, de l’écriture et du regard porté sur les images. Le livre prend la forme d’un ensemble de textes et d’entretiens où se mêlent réflexion esthétique, souvenirs de tournage et prises de position sur le langage cinématographique.
À propos du livre
Les yeux verts ne propose pas une théorie systématique du cinéma. Duras y examine plutôt ce que les images peuvent faire au récit, à la voix et au temps, en défendant une conception très personnelle du film comme espace de tension entre ce qui est montré et ce qui demeure absent. Le livre intéresse ainsi autant par ses idées sur le cinéma que par la manière dont il prolonge les thèmes durassiens de l’attente, du désir et de la parole.
La construction est fragmentaire, faite de textes, d’échanges et de réflexions qui se répondent sans former un traité continu. Cette organisation convient à une pensée associative, souvent elliptique, mais elle demande au lecteur d’accepter les reprises, les détours et les formulations parfois abruptes. Le style conserve la netteté paradoxale de Duras, capable de transformer une remarque concrète sur un film ou un tournage en interrogation plus générale sur la création.
Le livre occupe une place particulière dans l’œuvre de Duras, parce qu’il éclaire directement son activité de cinéaste et les rapports qu’elle établit entre littérature, voix et mise en scène. Il ne constitue toutefois pas une introduction neutre à sa filmographie. Les films sont abordés depuis une sensibilité d’autrice, avec ses partis pris et ses refus, ce qui donne à l’ensemble une force critique mais aussi une certaine opacité pour les lecteurs peu familiers de son univers.
Sa réputation tient à cette liberté de ton et à la cohérence d’une réflexion qui ne sépare jamais complètement le cinéma de l’écriture. Les yeux verts se lit moins comme un ouvrage pédagogique que comme un document esthétique, où Duras formule sa conception de l’art et de la présence. Il peut donc se parcourir par fragments, en revenant sur certaines pages, plutôt que se suivre comme une démonstration progressive.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui souhaitent comprendre comment Marguerite Duras pense ses propres films et le rapport entre littérature, voix et image.
- Les amateurs d’essais d’artistes, de textes fragmentaires et de réflexions cinématographiques qui privilégient une pensée personnelle à une méthode universitaire.
- Les lecteurs déjà familiers de Duras ou de son cinéma, qui y trouveront des prolongements à son œuvre créatrice.
À éviter si
- Les lecteurs qui cherchent une histoire générale du cinéma, un vocabulaire technique ou une analyse universitaire organisée par notions.
- Les lecteurs peu sensibles aux textes elliptiques et aux réflexions fragmentaires risquent de trouver l’ensemble difficile à suivre.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le livre expose avec cohérence une conception du cinéma fondée sur les rapports entre image, silence, voix et absence.
- La forme fragmentaire restitue une pensée d’artiste en mouvement, sans la réduire à un système théorique.
- Les réflexions éclairent directement la singularité de Marguerite Duras cinéaste et le lien entre ses films et son écriture.
Ce qui coince
- L’organisation en textes et entretiens produit des redites et ne construit pas une progression argumentative continue.
- La forte subjectivité de Duras laisse peu de place aux analyses contradictoires ou aux repères historiques sur le cinéma.
Fiche technique
- Auteur
- Marguerite Duras
- Éditeur
- Cahiers du cinéma
- Parution
- 1987
- Format
- Relié
- Prix éditeur
- 35,00 €
- ISBN
- 9782866429324
Par la rédaction de Livres et pensées.