
Les yeux bleus, cheveux noirs
de Marguerite Duras
4/5selon la rédaction
4,2/5 sur Amazon, 52 évaluations, relevé en septembre 2026
Un récit bref et exigeant, où le désir se construit dans la parole, l’attente et l’absence.
En bref
Dans une chambre d’hôtel, un homme et une femme se retrouvent et parlent d’un autre homme, jeune, aux yeux bleus et aux cheveux noirs. Le récit explore les liens entre désir, imagination et séparation, dans une forme dépouillée, proche du dialogue théâtral.
À propos du livre
Le livre s’intéresse moins à l’enchaînement des événements qu’aux effets de l’absence sur ceux qui parlent. Le jeune homme évoqué devient une figure autour de laquelle se nouent le désir, la jalousie, la projection et la douleur. Duras ne cherche pas à expliquer psychologiquement ses personnages : elle les place dans une situation de parole où les mêmes questions reviennent, se déplacent et se contredisent. Cette économie de moyens donne au texte une forte tension, sans jamais le transformer en récit sentimental classique.
La construction repose sur des échanges courts, des reprises et des silences suggérés. La prose avance par fragments, avec une précision volontairement sèche, parfois abstraite, qui laisse aux mots une part d’indétermination. Cette écriture exige de ralentir et d’accepter que le sens ne soit pas toujours livré immédiatement. La dimension presque théâtrale du texte tient à cette circulation des voix et à la place accordée aux gestes, aux attentes et aux variations d’une même parole.
Ce récit appartient à la veine la plus dépouillée et expérimentale de Marguerite Duras, celle où la narration se réduit pour laisser affleurer la voix, le désir et la mémoire. Il prolonge des préoccupations constantes de l’autrice, notamment la solitude, les relations dissymétriques et l’impossibilité de saisir pleinement l’autre. Sa réputation tient autant à son intensité formelle qu’à sa capacité à diviser : certains lecteurs y trouvent une écriture incantatoire, d’autres une opacité qui tourne à la répétition.
La force du livre vient de son refus des explications et de sa manière de faire naître une émotion à partir de presque rien : une chambre, des voix, un absent. Cette radicalité a toutefois un coût. Les personnages restent volontairement peu caractérisés, tandis que l’intrigue progresse à peine. Le texte se lit donc davantage comme une expérience de langage et de désir que comme un roman psychologique ou une histoire construite autour de péripéties.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui apprécient les récits courts, elliptiques et fondés sur les voix plutôt que sur l’action y trouveront une forme cohérente et singulière.
- Les lecteurs intéressés par l’écriture de Marguerite Duras et par ses motifs de prédilection, l’absence, le désir et l’impossibilité de dire, pourront y observer une expression particulièrement radicale de son style.
- Les amateurs de textes proches du théâtre, où les silences et les répétitions comptent autant que les événements, pourront être sensibles à sa construction.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent une intrigue développée, des personnages longuement construits et des réponses clairement formulées risquent de rester à distance.
- Les lecteurs peu réceptifs aux répétitions et à l’abstraction peuvent juger le texte monotone ou inutilement opaque.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- La langue dépouillée transforme les répétitions et les silences en éléments de tension.
- Le récit examine le désir et l’absence sans réduire les personnages à des explications psychologiques.
- La forme dialoguée entretient une ambiguïté durable entre récit, scène et monologue intérieur.
Ce qui coince
- L’intrigue très ténue laisse peu de prise aux lecteurs qui recherchent une progression narrative nette.
- L’opacité et les reprises peuvent produire une impression de monotonie, malgré la cohérence du dispositif.
Fiche technique
- Auteur
- Marguerite Duras
- Éditeur
- Éditions de Minuit
- Parution
- 1986
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 8,80 €
- ISBN
- 9782707323613
Par la rédaction de Livres et pensées.