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Livres et pensées
Couverture de Les Vieux Fourneaux, tome 5 : Bons pour l’asile

Les Vieux Fourneaux, tome 5 : Bons pour l’asile

de Wilfrid Lupano et Paul Cauuet

4/5selon la rédaction

Une satire sociale toujours mordante, portée par des personnages attachants, même si la mécanique de la série commence à se répéter.

En bref

Antoine, Pierrot et Mimile poursuivent leurs aventures, avec leur énergie contestataire et leur goût intact pour les mauvais coups. Autour d’eux, Sophie tente de préserver son activité et de composer avec les engagements, les colères et les lubies de ces vieux militants. Wilfrid Lupano mêle comédie, critique sociale et souvenirs politiques, tandis que Paul Cauuet donne à la série son expressivité chaleureuse. Ce cinquième tome privilégie une nouvelle fois le rythme des dialogues, les situations absurdes et l’affrontement entre générations.

À propos du livre

La série continue d’utiliser ses trois héros âgés pour regarder la société contemporaine depuis un angle décalé. Leurs convictions, leurs rancœurs et leur refus de se tenir tranquilles servent de point de départ à une satire des institutions, des rapports de pouvoir et des bonnes consciences. Le livre ne transforme pas ses personnages en porte-parole parfaitement cohérents : leurs contradictions font partie du ressort comique, mais aussi de leur crédibilité. Derrière les plaisanteries, le scénario s’intéresse à la transmission des luttes et à la difficulté de rester fidèle à ses idées.

La construction repose sur une alternance efficace entre scènes de groupe, échanges très écrits et épisodes plus mouvementés. Lupano sait faire surgir une réplique politique au milieu d’une situation burlesque, sans abandonner le plaisir de la caricature. Le dessin de Cauuet privilégie les expressions lisibles, les silhouettes immédiatement reconnaissables et une mise en scène dynamique. Cette clarté accompagne bien une histoire qui avance par péripéties et par confrontations, même si certains effets comiques et certaines oppositions deviennent familiers au fil des tomes.

Ce cinquième volume s’inscrit dans la continuité d’une bande dessinée qui a rendu populaires des protagonistes âgés, sans les réduire à leur âge. Leur passé militant nourrit les intrigues, mais le récit les montre surtout dans le présent, avec leurs défauts, leur vitalité et leurs difficultés à laisser de la place aux générations suivantes. La série doit cependant composer avec son propre succès : les caractères sont désormais bien installés et les nouveaux conflits produisent moins de surprise. Le plaisir vient alors surtout du ton et de la dynamique du trio.

La réputation des Vieux Fourneaux tient à cet équilibre entre divertissement populaire et commentaire social accessible. Bons pour l’asile en conserve les qualités, notamment une écriture dialoguée et une galerie de personnages immédiatement identifiables, tout en proposant une charge politique qui reste lisible sans devenir démonstrative. Il fonctionne mieux comme épisode d’une série que comme point d’entrée autonome, car une partie de son intérêt repose sur les relations déjà établies. Les lecteurs attachés à l’univers y retrouveront sa liberté de ton, tandis que les autres pourront juger la formule un peu balisée.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs qui apprécient les bandes dessinées sociales capables de faire passer une critique politique par la comédie.
  • Les amateurs de séries fondées sur des personnages récurrents, des dialogues rapides et une complicité construite au fil des albums.
  • Les lecteurs intéressés par une représentation des personnages âgés loin des rôles de sages ou de victimes.

À éviter si

  • Les lecteurs qui recherchent une intrigue totalement indépendante, car l’album s’appuie sur la connaissance des relations et des tempéraments installés précédemment.
  • Les lecteurs peu sensibles à l’humour satirique et aux personnages volontairement excessifs risquent de trouver le procédé répétitif.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • Les dialogues donnent aux affrontements idéologiques un rythme comique et une réelle vivacité.
  • Le dessin rend immédiatement lisibles les expressions, les rapports de force et les mouvements de chaque scène.
  • Les personnages âgés sont caractérisés par leurs convictions et leurs défauts, plutôt que par une image édulcorée de la vieillesse.

Ce qui coince

  • La mécanique narrative reprend des ressorts déjà éprouvés dans les tomes précédents, ce qui réduit l’effet de surprise.
  • La charge politique reste volontairement accessible et peut sembler parfois appuyée aux lecteurs qui attendent davantage de nuance.

Fiche technique

Auteur
Wilfrid Lupano et Paul Cauuet
Éditeur
Dargaud
Parution
2018
Format
Relié
ISBN
9782875710420

Par la rédaction de Livres et pensées.