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Livres et pensées
Couverture de Les optimistes

Les optimistes

de Rebecca Makkai

4,5/5selon la rédaction

4,2/5 sur Amazon, 174 évaluations, relevé en septembre 2026

Un roman ample et documenté sur le sida, porté par une construction en deux temps et des personnages durablement marquants.

En bref

À Chicago, en 1985, Yale Tishman voit son entourage décimé par une maladie encore mal comprise. Trente ans plus tard, Fiona, la sœur de son ami Nico, se rend à Paris sur les traces de sa fille disparue. Entre l’urgence des années sida et les blessures persistantes du présent, Rebecca Makkai compose un roman choral sur l’amitié, la mémoire, la culpabilité et la transmission.

À propos du livre

Le roman restitue avec précision l’atmosphère de Chicago au milieu des années 1980, quand le sida frappe une communauté homosexuelle déjà confrontée à l’indifférence sociale et aux préjugés. L’épidémie n’est pas un simple arrière-plan historique : elle transforme les liens, les choix professionnels, les solidarités et la manière de faire son deuil. Rebecca Makkai s’intéresse aussi à ce que les survivants portent après la catastrophe, lorsque la douleur n’est plus collective mais devient une affaire intime, parfois difficile à nommer.

La construction alterne deux périodes séparées par trente ans. Ce dispositif crée des échos entre l’action menée dans le Chicago des années sida et la quête de Fiona dans le Paris contemporain, tout en laissant apparaître progressivement les correspondances entre les personnages et les époques. L’écriture reste lisible malgré l’ampleur du récit, avec une attention particulière aux conversations, aux détails concrets et aux gestes de solidarité. La polyphonie donne au roman une dimension collective sans effacer les trajectoires individuelles.

L’un des intérêts du livre tient à son refus de réduire ses personnages à leur statut de victimes. Les amitiés, les rivalités, les désirs et les ambitions artistiques ou professionnelles continuent d’exister au cœur de la crise. Cette densité humaine explique la force du roman, mais elle produit aussi une lecture exigeante : les personnages sont nombreux, les relations complexes et certaines scènes demandent de garder en mémoire des éléments introduits longtemps auparavant. L’émotion naît davantage de l’accumulation et de la durée que de l’effet spectaculaire.

Les optimistes s’inscrit dans la littérature consacrée à l’épidémie en donnant une place centrale à la mémoire des disparus et aux formes de transmission entre générations. Le regard porté sur les années 1980 est historique, mais le roman ne se contente pas de reconstituer une époque : il interroge la façon dont une communauté raconte ce qu’elle a perdu. La partie contemporaine élargit cette réflexion aux silences familiaux, aux traces laissées par le deuil et à la difficulté de réparer ce qui ne peut l’être entièrement.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs qui recherchent un roman historique incarné, attentif aux conséquences sociales et intimes de l’épidémie de sida.
  • Les amateurs de récits choraux et de constructions alternant plusieurs époques, à condition d’accepter une intrigue développée sur plus de cinq cents pages.
  • Ceux qui apprécient les romans sur l’amitié, le deuil et la mémoire collective, avec une documentation historique intégrée à la fiction.

À éviter si

  • Les lecteurs qui préfèrent une intrigue courte, linéaire et centrée sur un nombre restreint de personnages risquent de trouver la construction trop ample.
  • Ceux qui cherchent un roman principalement optimiste ou réparateur peuvent être gênés par la place accordée aux pertes et aux blessures durables.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • La reconstitution des années sida associe contexte politique, réalités médicales et vie quotidienne sans dissoudre les personnages dans le seul discours historique.
  • L’alternance entre 1985 et l’époque contemporaine organise efficacement les thèmes de la mémoire, de la culpabilité et de la transmission.
  • Les personnages secondaires forment un véritable réseau affectif, ce qui donne au récit une portée collective et rend les deuils concrets.

Ce qui coince

  • Le nombre de personnages et les allers-retours temporels demandent une attention soutenue, surtout dans la première partie.
  • Certaines explications historiques ou psychologiques ralentissent le récit, sans toutefois compromettre sa cohérence d’ensemble.

Fiche technique

Auteur
Rebecca Makkai
Éditeur
10/18
Parution
2018
Format
Poche
Prix éditeur
10,40 €
ISBN
9782264076854

Par la rédaction de Livres et pensées.