
Les Œuvres complètes de Sally Mara
de Raymond Queneau
3,5/5selon la rédaction
4,2/5 sur Amazon, 20 évaluations, relevé en septembre 2026
Un diptyque satirique et expérimental, à réserver aux lecteurs qui aiment l’humour verbal, les faux livres et les narrateurs peu fiables.
En bref
Raymond Queneau réunit ici deux textes attribués à Sally Mara, écrivaine irlandaise fictive : un récit de guerre parodique et un journal intime. L’ensemble joue avec les conventions romanesques, la traduction, la sexualité et les ressources comiques de la langue.
À propos du livre
Le livre repose sur un dispositif de faux auteur qui permet à Queneau de déplacer son regard et de brouiller les responsabilités du récit. Sally Mara devient une voix littéraire autonome, dont les textes pastichent plusieurs formes établies, du roman d’aventures au journal intime. Derrière la plaisanterie, l’ensemble interroge la fabrication d’une œuvre, la position de l’écrivain et la manière dont un récit prétend produire du vrai.
La construction est volontairement hétérogène. Le premier texte détourne les codes du récit de guerre et de l’aventure, tandis que le second adopte une forme plus personnelle, faite d’observations, de désirs et de notations quotidiennes. Le comique naît autant des situations que des décalages de registre, des approximations et des effets de traduction. Cette liberté formelle demande toutefois une attention soutenue, car l’intrigue passe souvent au second plan derrière le travail sur la langue.
Dans l’œuvre de Queneau, ce diptyque occupe une place particulière : il prolonge son goût pour les pseudonymes, les contraintes et les voix inventées, tout en annonçant une conception très ludique de la littérature. Le livre intéresse surtout par son mélange de satire et d’expérimentation. Sa réputation tient moins à une intrigue suivie qu’à cette manière de transformer un exercice de pastiche en réflexion comique sur les genres littéraires.
Le texte conserve aussi des traits susceptibles de dater la lecture, notamment dans sa représentation des rapports entre les sexes et dans certaines provocations sexuelles. Ils appartiennent à la logique de la parodie, mais ne neutralisent pas toujours l’inconfort produit aujourd’hui. L’intérêt du livre dépend donc largement de la tolérance du lecteur pour l’ironie, l’outrance et les jeux de masque.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs de Queneau qui veulent retrouver son goût des voix inventées, des pastiches et des déformations de la langue.
- Les amateurs de littérature expérimentale qui apprécient les œuvres jouant avec la frontière entre auteur, personnage et traducteur.
- Les lecteurs attirés par un humour littéraire parfois grivois, plus fondé sur le style et la structure que sur une intrigue classique.
À éviter si
- Les lecteurs qui cherchent un récit réaliste, une progression narrative continue ou des personnages psychologiquement approfondis.
- Les lecteurs peu sensibles à l’humour sexuel, aux provocations datées et aux textes où le jeu verbal prend le dessus sur l’histoire.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le dispositif de Sally Mara renouvelle efficacement la question du point de vue et de l’autorité narrative.
- La variation entre récit parodique et journal intime donne au recueil une construction réellement contrastée.
- Les jeux de langage et les changements de registre produisent un comique précis, souvent lié à la forme elle-même.
Ce qui coince
- L’hétérogénéité des deux textes peut donner une impression de dispersion et ralentir la lecture.
- Certaines provocations sexuelles et représentations des rapports entre les sexes ont vieilli, même si elles s’inscrivent dans la satire.
Fiche technique
- Auteur
- Raymond Queneau
- Parution
- 1962
- Format
- Numérique
Par la rédaction de Livres et pensées.