
Les jours de mon abandon
de Elena Ferrante
4,5/5selon la rédaction
3,4/5 sur Amazon, 1 100 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman de crise, tendu et sans complaisance, qui explore la désagrégation d’une identité conjugale et maternelle.
En bref
Olga, une femme d’une quarantaine d’années, voit son mari la quitter après quinze ans de vie commune. Seule avec ses enfants et son chien, elle affronte une descente aux enfers où la colère, la honte et la peur défont peu à peu ses repères.
À propos du livre
Le livre examine l’abandon amoureux moins comme une simple rupture que comme l’effondrement d’un rôle social. Olga découvre que son existence reposait sur des habitudes, des responsabilités et une image d’elle-même qu’elle n’avait jamais vraiment interrogées. La maternité, la sexualité, la dépendance affective et la violence des conventions conjugales sont abordées sans idéalisation. Ferrante ne cherche pas à rendre son héroïne aimable à tout prix : elle montre aussi ses pensées les plus mesquines, ses contradictions et son ressentiment.
La construction suit au plus près la conscience d’Olga, dans une temporalité resserrée qui donne au récit une forte pression psychologique. Le style alterne l’analyse intérieure, les scènes domestiques et des accès de langage plus brutaux, parfois proches du monologue. Cette focalisation produit une lecture inconfortable : le lecteur ne dispose pas d’un point de vue extérieur capable de remettre immédiatement les événements en ordre. La tension naît ainsi autant de la situation que de la perception altérée de l’héroïne.
Deuxième roman d’Elena Ferrante, paru en Italie en 2002, Les jours de mon abandon annonce plusieurs traits associés à son œuvre : une attention aiguë aux rapports de pouvoir dans l’intime, des narratrices traversées par des affects contradictoires et une écriture qui refuse la bienséance. Le livre est plus compact et plus fiévreux que les grandes fresques familiales auxquelles Ferrante sera ensuite identifiée. Sa force vient de cette concentration, même si son intensité peut parfois sembler appuyée.
Le roman tire sa réputation de sa manière directe de représenter une crise féminine sans la réduire à une leçon de résilience. Il ne propose ni psychologie rassurante ni séparation nette entre victime et responsable. Certaines scènes privilégient l’impact sensoriel et la violence émotionnelle au détriment d’une progression plus nuancée, mais cette radicalité correspond au projet : faire éprouver la perte de contrôle plutôt que l’expliquer à distance. Le résultat s’adresse surtout aux lecteurs qui acceptent une littérature de l’exposition et du malaise.
Pour qui
À lire si
- Aux lecteurs intéressés par les récits de rupture qui analysent les rapports de pouvoir dans le couple plutôt que les codes de la romance.
- À ceux qui apprécient les narratrices ambivalentes, les monologues intérieurs et les romans psychologiques à forte tension.
- Aux lecteurs d’Elena Ferrante qui souhaitent découvrir une œuvre plus brève et plus resserrée que ses grandes fresques familiales.
À éviter si
- Aux lecteurs qui recherchent une héroïne immédiatement attachante ou une reconstruction apaisée, car le récit insiste sur les pensées les plus inconfortables.
- À ceux que rebutent les situations domestiques oppressantes et une écriture volontairement fiévreuse, parfois répétitive.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- La focalisation serrée restitue avec précision la confusion mentale et les variations affectives d’Olga.
- Le roman traite la séparation, la maternité et la dépendance conjugale sans idéaliser les comportements de son héroïne.
- La brièveté et la temporalité resserrée donnent à la crise une intensité continue.
Ce qui coince
- La tension psychologique, maintenue presque sans relâche, peut produire une impression de répétition et d’épuisement.
- La voix d’Olga laisse peu de place à des perspectives concurrentes, ce qui renforce l’immersion mais réduit la respiration du récit.
Fiche technique
- Auteur
- Elena Ferrante
- Parution
- 2002
- Format
- Numérique
Par la rédaction de Livres et pensées.