
Les Indifférents
de Alberto Moravia
4/5selon la rédaction
3,8/5 sur Amazon, 18 évaluations, relevé en septembre 2026
Un premier roman âpre sur la faillite morale d’une bourgeoisie, remarquable par sa lucidité malgré une psychologie parfois démonstrative.
En bref
À Rome, une famille bourgeoise menacée par les difficultés financières voit son équilibre se désagréger sous l’influence de Leo Merumeci, l’amant de la mère. Entre intérêts matériels, désir et conformisme, les personnages semblent incapables de s’opposer véritablement à la situation qui les enferme.
À propos du livre
Les Indifférents met en scène une bourgeoisie minée de l’intérieur, dont les convenances masquent mal la dépendance à l’argent, au désir et aux rapports de pouvoir. Alberto Moravia ne décrit pas seulement une famille en difficulté : il observe une société qui a perdu toute conviction, mais continue de jouer les rôles imposés par son milieu. L’indifférence du titre désigne moins une absence de sentiments qu’une incapacité à agir, à choisir et à assumer les conséquences de ses choix.
La construction repose largement sur les échanges entre les personnages, les silences, les gestes et les déplacements dans les espaces clos de la maison. Le style est direct, dépouillé, parfois volontairement sec, avec une attention constante portée aux humiliations et aux calculs ordinaires. Cette écriture donne aux scènes une tension presque théâtrale, mais elle peut aussi accentuer le caractère démonstratif de certaines réactions psychologiques. Les personnages sont moins énigmatiques que révélateurs d’un système moral en décomposition.
Publié en 1929, ce premier roman a installé Moravia parmi les observateurs importants de la crise de la bourgeoisie italienne. Son propos dépasse toutefois le seul contexte historique : la question centrale est celle de la passivité devant une réalité que chacun comprend, mais que personne ne veut affronter. Le livre s’inscrit ainsi dans une tradition réaliste et critique, tout en annonçant une œuvre durablement préoccupée par l’aliénation sociale, le désir et l’impossibilité d’une authenticité simple.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs attirés par les romans de mœurs qui analysent les rapports entre argent, sexualité et pouvoir au sein d’une famille.
- Les lecteurs qui apprécient une écriture sobre, des scènes dialoguées et une critique sociale sans idéalisation des personnages.
- Les lecteurs souhaitant découvrir un classique italien du XXe siècle centré sur la crise morale d’un milieu bourgeois.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue rapide ou des personnages profondément attachants risquent de trouver l’ensemble froid et volontairement étouffant.
- Les lecteurs peu sensibles aux romans psychologiques et aux conflits familiaux très concentrés dans un espace clos peuvent juger certaines réactions trop appuyées.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- La critique des privilèges et de la dépendance sociale s’incarne dans des situations concrètes plutôt que dans un discours théorique.
- Les dialogues et les silences font progresser la tension en révélant les rapports de force entre les personnages.
- Le roman articule efficacement crise familiale, désir et faillite morale sans transformer ses personnages en figures entièrement innocentes.
Ce qui coince
- La psychologie est parfois expliquée ou soulignée avec insistance, ce qui réduit l’ambiguïté de certaines scènes.
- La noirceur constante et l’immobilisme des personnages peuvent produire une impression de monotonie, malgré la tension des rapports familiaux.
Fiche technique
- Auteur
- Alberto Moravia
- Éditeur
- Flammarion
- Parution
- 1929
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 9,90 €
- ISBN
- 9782080706621
Par la rédaction de Livres et pensées.