
Les filles du calvaire
de Pierre Combescot
4/5selon la rédaction
4,1/5 sur Amazon, 32 évaluations, relevé en septembre 2026
Une vaste saga familiale, portée par une langue truculente, mais parfois alourdie par son abondance et ses effets de voix.
En bref
Pierre Combescot compose une fresque familiale et parisienne qui suit plusieurs générations dans un monde bouleversé par les transformations du XXe siècle. Le roman s’attache particulièrement aux femmes, à leurs rapports de pouvoir, à leurs arrangements avec les conventions et à leur manière de survivre aux renversements de l’Histoire.
À propos du livre
Le livre s’intéresse moins aux événements historiques eux-mêmes qu’à la façon dont ils traversent les existences privées. Les héritages familiaux, les ambitions sociales, les conflits entre apparence et désir donnent au récit sa matière principale. Les femmes y occupent une place centrale, non comme figures idéalisées, mais comme personnages pris dans des rapports de domination, de rivalité et de solidarité. Cette attention aux comportements et aux stratégies sociales donne à la fresque une dimension satirique autant que romanesque.
La construction privilégie l’ampleur d’une saga, avec une succession de scènes, de portraits et de récits secondaires. Combescot écrit dans une langue très travaillée, volontiers baroque, nourrie d’oralité, d’ironie et de formules pittoresques. Cette voix singulière donne du relief aux personnages et transforme les échanges en véritables numéros de théâtre. Elle peut aussi produire une impression de surcharge, car le roman préfère l’excès, la digression et l’accumulation à une progression resserrée.
Dans la littérature française du début des années 1990, Les filles du calvaire appartient à la tradition du grand roman populaire et familial, tout en lui donnant une coloration plus mordante et plus grotesque. Son obtention du prix Goncourt a consacré une œuvre ambitieuse, éloignée du minimalisme alors souvent valorisé. Sa réputation repose autant sur la puissance de sa langue que sur son aptitude à faire revivre un milieu social dans ses grandeurs, ses hypocrisies et ses violences ordinaires.
La réussite du livre tient à son énergie narrative et à sa galerie de personnages, dont les tempéraments s’affrontent avec une vigueur peu conformiste. Il demande toutefois une certaine disponibilité : la profusion des épisodes, la densité des voix et le goût de la caricature peuvent fatiguer les lecteurs qui attendent une intrigue linéaire ou une psychologie discrète. Cette abondance constitue à la fois sa marque distinctive et la principale réserve que l’on peut formuler à son égard.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui apprécient les sagas familiales amples, traversées par les mutations sociales et historiques.
- Les amateurs de prose baroque, d’humour satirique et de personnages hauts en couleur.
- Les lecteurs intéressés par les romans de mœurs qui observent les rapports de classe, de famille et de pouvoir.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue concise, une progression rapide et une narration dépourvue de digressions.
- Ceux que rebutent l’exubérance stylistique, la caricature et les romans peu soucieux de sobriété.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- La langue mêle oralité, ironie et abondance d’images, ce qui donne au récit une voix immédiatement reconnaissable.
- Les personnages féminins sont au centre des tensions familiales et sociales, avec des motivations qui dépassent les rôles convenus.
- La fresque articule efficacement les bouleversements historiques aux rivalités, aux héritages et aux stratégies de la vie privée.
Ce qui coince
- La profusion des personnages et des épisodes affaiblit parfois la lisibilité de l’ensemble, surtout lorsque les intrigues secondaires se multiplient.
- Le goût de l’excès et de la caricature peut créer une distance avec les personnages et rendre certaines scènes plus démonstratives que nuancées.
Fiche technique
- Auteur
- Pierre Combescot
- Parution
- 1991
- Format
- Numérique
Par la rédaction de Livres et pensées.