
Les éditocrates : Ou comment parler de (presque) tout en racontant (vraiment) n’importe quoi
de Olivier Cyran, Sébastien Fontenelle et Mathias Reymond
3,5/5selon la rédaction
4/5 sur Amazon, 19 évaluations, relevé en septembre 2026
Un essai de critique des médias incisif, utile pour comprendre les mécanismes de l’éditorial omniscient, mais volontairement polémique.
En bref
Les auteurs examinent la figure de l’éditocrate, commentateur omniprésent auquel les médias confient l’analyse de sujets très divers. Ils décrivent les procédés discursifs qui permettent de présenter des opinions convenues comme des évidences ou des expertises. L’ouvrage relève de la critique des médias et du pamphlet argumenté. Il s’intéresse moins aux personnalités elles-mêmes qu’aux conditions médiatiques, sociales et politiques qui rendent leur parole dominante.
À propos du livre
L’enjeu central du livre est la fabrication de l’autorité médiatique. Les éditocrates y apparaissent comme des professionnels de l’interprétation générale, capables de commenter la politique, l’économie ou les questions de société en s’appuyant sur des réflexes de langage et des positions idéologiques souvent peu interrogées. L’analyse vise ainsi une confusion fréquente entre expertise et notoriété, ainsi qu’entre pluralisme apparent et répétition des mêmes cadres de pensée. Le propos dépasse donc la simple dénonciation de quelques chroniqueurs : il interroge l’organisation du débat public.
La construction repose sur l’observation des discours médiatiques et sur leur mise en perspective critique. Les auteurs privilégient une écriture directe, ironique et volontiers mordante, qui cherche à rendre visibles les automatismes derrière les formules d’autorité. Cette vigueur donne au texte une grande lisibilité et une force de contestation nette, mais elle laisse parfois moins de place aux nuances ou à l’examen contradictoire des cas étudiés. Le livre se lit davantage comme une intervention intellectuelle que comme une étude académique de la profession journalistique.
L’ouvrage s’inscrit dans la tradition française de la critique radicale des médias, en contestant l’idée que les grands commentateurs seraient de simples observateurs neutres de l’actualité. Son intérêt tient à la mise en relation de détails de langage, de positions éditoriales et de rapports de pouvoir. Il fournit des outils pour repérer la naturalisation des opinions dominantes, sans prétendre proposer une théorie complète du journalisme. Sa réputation repose surtout sur cette capacité à transformer une irritation diffuse en critique structurée et lisible.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui souhaitent décrypter les mécanismes de légitimation de la parole médiatique y trouveront des exemples et des catégories immédiatement utilisables.
- Les personnes intéressées par la critique des médias et par les rapports entre journalisme, politique et idéologie apprécieront son ton offensif et sa clarté.
- Les lecteurs qui aiment les essais engagés, écrits pour intervenir dans le débat public plutôt que pour maintenir une neutralité académique, pourront y trouver matière à réflexion.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent une enquête sociologique exhaustive ou une présentation équilibrée des points de vue risquent de juger la démonstration trop univoque.
- Ceux qui recherchent une analyse centrée sur les parcours individuels des journalistes peuvent rester sur leur faim, car le livre s’intéresse avant tout aux mécanismes collectifs du commentaire médiatique.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le livre montre concrètement comment des opinions peuvent prendre l’apparence d’analyses objectives grâce à des procédés discursifs récurrents.
- L’écriture ironique rend accessibles des mécanismes médiatiques complexes sans adopter le vocabulaire abstrait d’un essai universitaire.
- La critique relie les pratiques de commentaire aux structures du débat public, au lieu de réduire le problème à quelques personnalités.
Ce qui coince
- Le ton polémique accentue efficacement la contestation, mais conduit parfois à présenter les éditocrates comme un ensemble plus homogène qu’ils ne le sont réellement.
- La démonstration privilégie la dénonciation et l’interprétation critique, au détriment d’une analyse méthodique de la profession journalistique ou d’hypothèses contradictoires.
Fiche technique
- Auteur
- Olivier Cyran, Sébastien Fontenelle et Mathias Reymond
- Éditeur
- La Découverte
- Parution
- 2005
- Format
- Broché
- ISBN
- 9782707158697
Par la rédaction de Livres et pensées.