
Les Derniers Jours
de Raymond Queneau
4/5selon la rédaction
4,6/5 sur Amazon, 9 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman d’apprentissage désenchanté, où l’humour verbal accompagne une réflexion sur le temps, l’ennui et la mort.
En bref
Dans le Paris des années 1930, plusieurs personnages voient leur existence ordinaire se modifier au contact des autres et des circonstances. Le roman suit leurs trajectoires, leurs conversations et leurs tentatives pour donner une forme à une vie souvent marquée par l’attente. Raymond Queneau mêle observation sociale, ironie et attention aux bizarreries du langage. Sous l’apparente banalité des situations, le livre interroge le vieillissement, la solitude et la difficulté de trouver une direction à son existence.
À propos du livre
Avec Les Derniers Jours, Queneau s’intéresse moins à un événement spectaculaire qu’à la manière dont le temps use les individus et déforme leurs projets. Les personnages avancent dans un monde où les habitudes, les conventions sociales et les discours tout faits donnent l’illusion d’un ordre. Le roman observe ce décalage entre les rôles que chacun joue et l’incertitude qui demeure derrière eux. La mort y constitue un horizon réel, mais elle est abordée sans pathos, à travers l’ironie et la trivialité du quotidien.
La construction repose sur la circulation entre plusieurs figures et plusieurs points de vue plutôt que sur une intrigue fortement tendue. Cette composition permet à Queneau de juxtaposer des scènes, des conversations et des moments de réflexion, en faisant naître le sens par reprises et contrastes. Le style alterne la précision narrative, la notation comique et les effets de langue. Les dialogues jouent un rôle central : ils révèlent les personnages autant par leurs maladresses, leurs automatismes et leurs contradictions que par ce qu’ils cherchent à dire.
Le livre appartient à la première période romanesque de Queneau, avant l’affirmation plus visible de ses recherches sur la langue et la littérature. On y reconnaît déjà son intérêt pour les personnages décalés, les mécanismes sociaux et la distance entre la langue écrite et la parole vivante. Le roman reste toutefois plus sombre que ne le laisseraient attendre certains de ses textes ultérieurs. Son humour ne dissipe pas l’angoisse du temps qui passe ; il lui donne une forme supportable et parfois plus incisive.
Les Derniers Jours intéressera surtout les lecteurs qui apprécient les romans de mœurs sans intrigue spectaculaire, ainsi que ceux qui veulent suivre la formation de l’esthétique de Queneau. Sa réputation tient à cette alliance entre une matière existentielle sérieuse et une écriture capable de la désamorcer par le comique. La lecture demande cependant d’accepter une progression diffuse et une attention constante aux détails de ton, de rythme et de formulation. Ce n’est pas le roman le plus immédiatement accessible de l’auteur, mais il éclaire durablement ses obsessions.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs attirés par les romans de mœurs qui transforment les gestes ordinaires en réflexion sur le temps et la condition humaine.
- Les lecteurs de Queneau qui souhaitent découvrir une œuvre de sa première période, déjà marquée par l’ironie et le travail sur la langue.
- Les lecteurs patients, sensibles aux dialogues, aux personnages décalés et aux intrigues construites par déplacements successifs.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue rapide, fortement dramatique ou centrée sur un protagoniste unique risquent de trouver la progression trop diffuse.
- Les lecteurs peu sensibles à l’ironie et aux jeux de langage pourront rester à distance de la dimension la plus singulière du roman.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le roman transforme des situations banales en observations précises sur le vieillissement, la solitude et les conventions sociales.
- Les dialogues font entendre des voix distinctes et révèlent les personnages par leurs tics de langage autant que par leurs idées.
- L’humour, souvent discret et fondé sur le décalage, empêche la réflexion sur la mort de devenir démonstrative ou sentimentale.
Ce qui coince
- La construction dispersée et la multiplicité des personnages affaiblissent parfois l’élan narratif et rendent l’investissement émotionnel moins immédiat.
- Certains effets d’ironie et certaines digressions peuvent donner une impression de distance, surtout aux lecteurs qui attendent une intrigue plus resserrée.
Fiche technique
- Auteur
- Raymond Queneau
- Parution
- 1936
- Format
- Numérique
Par la rédaction de Livres et pensées.