
Les Cinq cent Millions de la Bégum
de Jules Verne
3,5/5selon la rédaction
4,2/5 sur Amazon, 301 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman d’anticipation politique, inventif et daté, à lire pour ses idées plus que pour la finesse de ses personnages.
En bref
À la mort d’une riche héritière indienne, une immense fortune revient à deux hommes que tout oppose : le Français Sarrasin et l’Allemand Schultze. Tandis que l’un imagine une cité idéale fondée sur l’hygiène et le progrès, l’autre bâtit une ville industrielle tournée vers la puissance militaire.
À propos du livre
Publié en 1879, le roman met en scène deux conceptions antagonistes du progrès. Jules Verne oppose une utopie sociale, organisée autour de la santé publique et du bien-être collectif, à une cité dominée par la discipline industrielle et la logique de l’armement. Derrière l’aventure, le livre interroge la responsabilité des savants, les usages de la science et la fragilité d’une civilisation qui transforme ses découvertes en instruments de domination.
La construction repose sur une opposition très nette entre les deux projets et leurs fondateurs. Cette architecture binaire donne au récit une grande lisibilité, mais elle réduit aussi les personnages à des fonctions idéologiques, le philanthrope français et le technicien allemand incarnant des systèmes de valeurs largement prévisibles. Le style privilégie l’exposition, les descriptions techniques et les dialogues explicatifs, avec une place importante accordée aux idées et aux détails de l’organisation urbaine.
Le roman appartient à la veine d’anticipation de Jules Verne, où les inventions servent autant à nourrir l’imagination qu’à examiner les conséquences du progrès. Il se distingue par une intuition sombre : une société technologiquement avancée peut aussi devenir plus efficace dans la préparation de la guerre. La dimension scientifique a vieilli, mais la réflexion sur la militarisation de la recherche et sur les villes conçues comme des machines collectives conserve une portée lisible.
La réputation du livre tient à cette tension entre le plaisir de la spéculation et la simplicité parfois démonstrative de sa morale. Il offre une porte d’entrée accessible vers les interrogations politiques et techniques de la fin du XIXe siècle, tout en révélant les limites de l’imaginaire vernien, notamment son goût pour les oppositions nationales et les caractères schématiques. Sa force vient moins du réalisme psychologique que de la netteté de sa fable.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs intéressés par les classiques d’anticipation y trouveront une réflexion claire sur le progrès scientifique et ses usages politiques.
- Les amateurs de Jules Verne apprécieront l’alliance entre inventions, organisation sociale et aventure raisonnée.
- Les lecteurs qui aiment les romans d’idées pourront suivre une opposition idéologique facilement identifiable, sans intrigue trop complexe.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent des personnages nuancés ou une psychologie approfondie risquent de trouver les protagonistes trop exemplaires et schématiques.
- Ceux qui attendent une science-fiction techniquement crédible peuvent être gênés par des hypothèses scientifiques vieillies et une vision parfois très datée des nations.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- L’opposition entre utopie sociale et puissance militaire donne au roman une structure argumentative immédiatement lisible.
- Les descriptions de villes, d’infrastructures et d’innovations rendent concrètes les spéculations de Jules Verne.
- La réflexion sur la responsabilité de la science dépasse le simple récit d’aventures et donne au livre sa portée durable.
Ce qui coince
- Les personnages servent souvent de porte-parole à des idées, ce qui limite leur épaisseur romanesque.
- La démonstration morale et les stéréotypes nationaux paraissent aujourd’hui appuyés, même s’ils participent à la clarté du projet.
Fiche technique
- Auteur
- Jules Verne
- Éditeur
- Le Livre de Poche
- Parution
- 1879
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 7,90 €
- ISBN
- 9782253012702
Par la rédaction de Livres et pensées.