
Les Catilinaires
de Amélie Nothomb
4/5selon la rédaction
4,2/5 sur Amazon, 417 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman bref et corrosif sur l’intrusion, qui transforme une situation banale en expérience de malaise presque métaphysique.
En bref
Émile et Juliette Hazel quittent la ville pour vivre paisiblement dans une maison isolée à la campagne. Leur voisin, Palamède Bernardt, vient leur rendre visite chaque jour, sans conversation véritable, et cette présence insistante dérègle peu à peu leur retraite.
À propos du livre
Le roman part d’un désir de tranquillité très concret : un couple âgé veut se tenir à distance du monde, des obligations sociales et du bruit. L’arrivée quotidienne du voisin transforme cette aspiration légitime en problème moral. Faut-il accueillir celui qui s’impose, le congédier brutalement, ou chercher derrière son comportement une détresse qui justifierait la patience ? Amélie Nothomb installe ainsi une tension entre politesse, compassion et instinct de défense, sans réduire complètement la situation à une simple querelle de voisinage.
La construction repose sur la répétition des visites et sur l’écart entre leur banalité apparente et l’angoisse qu’elles font naître. Les échanges sont courts, souvent déconcertants, et le récit avance par degrés dans l’inconfort plutôt que par grands événements. Le style est net, théâtral par moments, avec des dialogues qui donnent aux rapports de force une précision presque expérimentale. L’humour noir allège la lecture sans annuler la violence psychologique de cette cohabitation imposée.
Les Catilinaires appartient à la veine la plus resserrée et la plus inquiétante de l’œuvre de Nothomb. Comme dans plusieurs de ses romans, une situation sociale identifiable devient le laboratoire d’une relation extrême, où les règles ordinaires cessent progressivement de fonctionner. Le titre, qui renvoie aux discours de Cicéron contre Catilina, place d’emblée le livre sous le signe de l’accusation et de la menace publique, tout en donnant à cette confrontation domestique une portée plus générale.
La force du livre tient à sa capacité à faire naître le malaise avec peu de moyens : un lieu isolé, des habitudes répétées et un personnage dont les intentions restent difficiles à saisir. Sa brièveté favorise l’efficacité de l’ensemble, mais elle laisse aussi certaines évolutions psychologiques dans une forme d’abstraction. Cette concentration explique sa réputation de roman accessible et singulier, tout en pouvant frustrer les lecteurs qui attendent un réalisme plus développé ou des personnages plus nuancés.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui aiment les romans courts fondés sur une situation de huis clos et une montée progressive de la tension.
- Les amateurs d’humour noir, de dialogues incisifs et de récits qui interrogent les conventions de la politesse.
- Les lecteurs intéressés par les rapports de domination et par les comportements sociaux poussés jusqu’à l’absurde.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue réaliste abondamment développée, avec une psychologie détaillée et de nombreux personnages.
- Les lecteurs peu sensibles aux situations volontairement invraisemblables ou aux personnages conçus comme des figures de confrontation.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- La répétition des visites transforme efficacement une scène quotidienne en mécanisme d’angoisse.
- Les dialogues, concis et décalés, font apparaître les rapports de force sans longues explications.
- Le roman articule humour noir et réflexion sur la politesse, la solitude et les limites de l’hospitalité.
Ce qui coince
- La brièveté et la dimension allégorique laissent certaines motivations psychologiques peu développées.
- L’escalade de la situation peut sembler fabriquée aux lecteurs qui attendent une vraisemblance strictement réaliste.
Fiche technique
- Auteur
- Amélie Nothomb
- Éditeur
- Le Livre de Poche
- Parution
- 1995
- Format
- Poche
- ISBN
- 9782253141709
Par la rédaction de Livres et pensées.