
Le soleil se lève aussi
de Ernest Hemingway
4/5selon la rédaction
4/5 sur Amazon, 263 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman de désenchantement, remarquable par sa sobriété, mais volontairement distant et parfois répétitif.
En bref
À Paris, Jake Barnes, journaliste américain marqué par la guerre, fréquente une communauté d’expatriés dont les relations sont dominées par les non-dits et les frustrations. Avec Brett Ashley, Robert Cohn et leurs compagnons, il se rend en Espagne pour assister aux fêtes de Pampelune et aux corridas. Hemingway décrit une génération désorientée, entre recherche de plaisirs, blessures intimes et incapacité à trouver une forme de stabilité. Le récit privilégie les dialogues, les gestes et les silences plutôt que l’analyse psychologique explicite.
À propos du livre
Le roman met en scène les conséquences morales et affectives de la Première Guerre mondiale sans adopter le ton d’un récit historique. Ses personnages vivent dans le mouvement, les bars, les voyages et les fêtes, comme si la distraction pouvait tenir lieu de projet. Jake observe ce monde avec une lucidité mêlée de retenue, tandis que Brett concentre les tensions entre désir, indépendance et impossibilité de construire une relation durable. Le livre ne transforme pas ces existences en destinées héroïques : il montre surtout leur difficulté à donner un sens à la liberté conquise.
La construction repose sur un déplacement progressif, de Paris à l’Espagne, puis sur l’intensification des conflits dans le cadre des fêtes et des corridas. Hemingway procède par scènes, conversations et détails concrets, en laissant une part importante au lecteur. Cette écriture dépouillée, fondée sur l’ellipse et la répétition de gestes quotidiens, produit une émotion indirecte : ce qui n’est pas dit pèse souvent davantage que les explications. Le procédé peut toutefois donner une impression de monotonie lorsque les mêmes tensions reviennent sans véritable commentaire.
Le roman est l’un des textes associés à la génération perdue des écrivains américains expatriés en Europe. Il a contribué à imposer la manière d’Hemingway, faite de phrases simples, de dialogues sous tension et d’une attention presque matérielle aux lieux, aux repas et aux pratiques sportives. La corrida n’y sert pas seulement de décor pittoresque : elle devient un observatoire de la violence, du courage et de la mise en scène sociale. Cette place dans l’histoire littéraire éclaire sa réputation, sans dispenser de mesurer la distance qui peut séparer son esthétique d’un lecteur contemporain.
La force du livre tient à l’écart entre son apparente simplicité et la complexité des rapports qu’il fait sentir. Les personnages sont parfois moins développés par leur intériorité que par leurs attitudes, leurs paroles et leurs manières de se comporter avec les autres. Cette retenue rend certaines scènes très précises, mais elle limite aussi l’identification psychologique. Le roman reste donc plus convaincant comme étude d’un climat moral et d’une génération que comme fresque complète de chaque personnage.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs intéressés par les romans de l’après-guerre et par la représentation littéraire de la génération perdue y trouveront un portrait nuancé du désenchantement des expatriés.
- Les amateurs d’une prose sobre, elliptique et fondée sur les dialogues apprécieront la place laissée aux silences et aux gestes.
- Les lecteurs attirés par l’Espagne, les fêtes de Pampelune et l’univers de la corrida y trouveront un cadre décrit avec une grande précision sensorielle.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue fortement construite ou des personnages longuement analysés psychologiquement peuvent rester à distance.
- Ceux qui n’apprécient pas les récits dominés par les non-dits, les beuveries et les relations affectives répétitives risquent de trouver le roman étiré.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- L’écriture transforme les silences, les gestes et les dialogues ordinaires en révélateurs des tensions entre les personnages.
- Le déplacement de Paris vers l’Espagne donne au récit une progression géographique et dramatique nette.
- La description des fêtes et de la corrida inscrit les conflits intimes dans un cadre collectif, sensoriel et symbolique.
Ce qui coince
- La retenue narrative laisse certains personnages dans une relative opacité, ce qui peut réduire l’attachement émotionnel.
- Les scènes de sorties, d’alcool et de discussions reviennent selon un rythme répétitif, parfois au détriment de la progression.
Fiche technique
- Auteur
- Ernest Hemingway
- Éditeur
- Gallimard
- Parution
- 1926
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 9,50 €
- ISBN
- 9782073004215
Par la rédaction de Livres et pensées.