
Le réfectoire un soir et une piscine sous la pluie, suivi de Un thé qui ne refroidit pas
de Yôko Ogawa
3,5/5selon la rédaction
4,1/5 sur Amazon, 10 évaluations, relevé en septembre 2026
Deux récits courts, précis et inquiétants, où Yôko Ogawa transforme des scènes ordinaires en expériences de solitude et de décalage.
En bref
Ce volume réunit deux récits centrés sur des situations quotidiennes qui se chargent peu à peu d’une étrangeté discrète : un réfectoire, une piscine sous la pluie, une rencontre autour d’un thé. Yôko Ogawa y observe les liens fragiles entre les êtres, les souvenirs qui reviennent et les émotions difficiles à nommer.
À propos du livre
Ces textes s’intéressent moins à l’action qu’aux modifications intérieures provoquées par des gestes simples, des lieux familiers ou des rencontres apparemment anodines. Le réfectoire, la piscine et le thé deviennent des espaces de suspension, où les personnages prennent conscience d’une distance entre eux et le monde. La solitude n’est pas traitée comme un thème spectaculaire, mais comme une présence quotidienne, parfois perceptible dans un silence, une habitude ou un détail matériel.
La construction repose sur une progression lente et une part importante est laissée aux impressions. Ogawa privilégie une prose nette, retenue, attentive aux objets et aux sensations, sans expliquer entièrement ce qui se joue entre les personnages. Cette sobriété produit une inquiétude particulière : le lecteur comprend que quelque chose se déplace, sans toujours pouvoir en isoler la cause. Le fantastique, lorsqu’il affleure, reste lié à la perception et à la mémoire plutôt qu’à des effets spectaculaires.
Ce livre appartient à la veine intimiste de Yôko Ogawa, avant les romans qui ont davantage contribué à sa reconnaissance en France. On y retrouve déjà plusieurs traits de son univers : des personnages en marge, des relations dissymétriques, une attention presque maniaque aux détails et une étrangeté qui s’installe sans bruit. La brièveté des récits donne à l’ensemble une forme concentrée, mais elle peut aussi laisser certaines situations volontairement ouvertes.
La réputation d’Ogawa tient notamment à cette capacité à faire naître une tension avec très peu d’éléments narratifs. Ce volume en offre une expression dépouillée, qui séduira les lecteurs sensibles aux atmosphères et aux ambiguïtés psychologiques. Il demande toutefois d’accepter une narration elliptique, où les motivations et les conséquences ne sont pas toujours développées comme dans un roman traditionnel.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui apprécient les récits japonais intimistes, fondés sur les silences, les sensations et les détails du quotidien.
- Les lecteurs attirés par une étrangeté discrète, davantage psychologique et atmosphérique que spectaculaire.
- Les lecteurs qui aiment les textes courts laissant une place importante à l’interprétation.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent une intrigue fortement structurée, des explications précises et un rythme soutenu risquent de trouver ces récits trop ténus.
- Les lecteurs peu sensibles aux ambiguïtés et aux fins ouvertes peuvent rester à distance de cette écriture elliptique.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Les lieux et les objets ordinaires acquièrent une forte charge émotionnelle sans que l’autrice ait besoin de les dramatiser.
- La prose précise et retenue installe une inquiétude durable à partir de situations très simples.
- La brièveté des deux récits concentre efficacement les thèmes de la solitude, de la mémoire et du décalage.
Ce qui coince
- L’ellipse laisse certaines relations et certains événements dans l’indétermination, ce qui peut donner une impression d’inachevé.
- La lenteur et la faible densité événementielle limitent l’intérêt du livre pour les lecteurs qui privilégient l’action.
Fiche technique
- Auteur
- Yôko Ogawa
- Éditeur
- Actes Sud
- Parution
- 1991
- Format
- Relié
- ISBN
- 9782742718757
Par la rédaction de Livres et pensées.