
Le Passager / Stella Maris
de Cormac McCarthy
4,5/5selon la rédaction
5/5 sur Amazon, 1 évaluations, relevé en septembre 2026
Un diptyque exigeant et sombre, à privilégier pour les lecteurs attirés par les romans métaphysiques, les dialogues philosophiques et les formes narratives peu conventionnelles.
En bref
Dans Le Passager, Bobby Western, plongeur chargé de récupérer des épaves, se retrouve confronté à l’étrangeté d’un avion accidenté et à l’absence inexpliquée d’un passager. Son enquête se mêle à la culpabilité, aux souvenirs et à la figure de sa sœur Alicia. Stella Maris se déroule principalement sous la forme d’entretiens entre Alicia Western et un psychiatre, dans un établissement portant le nom du titre. Le second volume déplace le centre de gravité du récit vers la parole, la logique, les mathématiques et les visions intérieures.
À propos du livre
Ce diptyque explore la difficulté de vivre après les grandes catastrophes du XXe siècle, en faisant dialoguer la violence historique, la physique moderne, la foi et la folie. Le Passager s’attache davantage aux traces concrètes du monde, aux corps, aux paysages et aux activités clandestines, tandis que Stella Maris pousse l’interrogation vers la conscience et ses constructions. Les deux livres partagent une même inquiétude : que reste-t-il de l’humain lorsque les explications rationnelles ne suffisent plus ?
La construction est volontairement éclatée. Le Passager alterne scènes d’action, conversations, souvenirs et séquences oniriques, avec des ellipses qui refusent de tout expliciter. Stella Maris adopte une forme plus dépouillée, presque théâtrale, fondée sur des échanges serrés et des récits enchâssés. La prose de McCarthy demeure reconnaissable par sa ponctuation singulière, sa précision concrète et ses dialogues souvent dépourvus d’indications psychologiques. Cette densité demande une lecture lente et disponible.
Publié à la fin de la carrière de McCarthy, l’ensemble fonctionne comme une œuvre testamentaire sans se réduire à un bilan. On y retrouve les motifs qui traversent ses romans : la fatalité, la fraternité, la violence, la culpabilité et la confrontation entre l’homme et un univers indifférent. Mais l’auteur y accorde une place exceptionnelle aux mathématiques, à la philosophie et aux débats sur la conscience. Le diptyque occupe ainsi une place à part dans la littérature américaine contemporaine, entre roman noir, récit métaphysique et fiction spéculative.
La réputation de ces deux livres tient autant à leur ambition qu’à leur résistance aux habitudes narratives. Ils ne cherchent ni la fluidité ni l’identification immédiate, et leur obscurité est souvent une méthode plutôt qu’un défaut accidentel. Le coffret permet de saisir la complémentarité des volumes : l’un donne une forme romanesque et physique à la crise, l’autre la soumet à l’analyse et à la parole. Cette organisation renforce la portée de l’ensemble, mais peut aussi accentuer son caractère austère pour les lecteurs peu sensibles aux digressions intellectuelles.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs de McCarthy qui souhaitent retrouver ses thèmes majeurs dans une forme tardive, plus spéculative et plus fragmentée.
- Les amateurs de romans métaphysiques prêts à suivre de longues discussions sur la science, la conscience, la foi et le langage.
- Les lecteurs intéressés par les récits construits en diptyque, où le second volume déplace et approfondit la perspective du premier.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue linéaire, des réponses clairement formulées et un rythme narratif régulier risquent de trouver l’ensemble hermétique.
- Les lecteurs peu attirés par les dialogues philosophiques, les digressions scientifiques et les passages oniriques pourront juger Stella Maris trop abstrait.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le diptyque met en regard deux formes narratives distinctes, le récit fragmenté et l’entretien, sans renoncer à une forte cohérence thématique.
- Les dialogues donnent une présence singulière aux interrogations sur la conscience, les mathématiques, la foi et la responsabilité.
- La prose associe une matérialité très précise des lieux et des gestes à une réflexion métaphysique d’une grande ampleur.
Ce qui coince
- La fragmentation et les ellipses rendent certains enchaînements difficiles à suivre, surtout dans Le Passager.
- La densité des discussions intellectuelles et la place accordée aux visions peuvent ralentir fortement la lecture, sans toujours produire le même degré d’évidence.
Fiche technique
- Auteur
- Cormac McCarthy
- Éditeur
- Éditions de l’Olivier
- Parution
- 2022
- Format
- Broché
- Prix éditeur
- 65,00 €
- ISBN
- 9782823620924
Par la rédaction de Livres et pensées.