
Le Ministère secret, tome 3, Le Sphincter de Moscou
de Joann Sfar et Mathieu Sapin
3,5/5selon la rédaction
4,1/5 sur Amazon, 13 évaluations, relevé en septembre 2026
Une satire politique en bande dessinée, inventive et irrévérencieuse, qui privilégie le burlesque à la vraisemblance.
En bref
Dans cette nouvelle enquête du Ministère secret, les coulisses du pouvoir français se mêlent aux tensions géopolitiques autour de Moscou. Joann Sfar et Mathieu Sapin transforment l’actualité présidentielle en aventure d’espionnage décalée, où le grotesque sert à examiner les réflexes et les impasses du pouvoir.
À propos du livre
Le livre s’inscrit dans une tradition de satire politique qui préfère l’exagération, la farce et le détournement aux explications réalistes. Le contexte présidentiel et les rapports de force internationaux y deviennent une matière romanesque malléable, propice aux situations absurdes. Le titre annonce d’emblée cette logique : la géopolitique n’est pas traitée comme un dossier documentaire, mais comme un théâtre de passions, de postures et de secrets.
Le scénario de Joann Sfar avance par associations, ruptures de ton et surgissements comiques. Cette construction donne à l’album une énergie volontairement désordonnée, mais elle peut aussi rendre l’intrigue moins lisible lorsque la plaisanterie prend le dessus sur la progression de l’enquête. Le dessin de Mathieu Sapin accompagne ce choix avec une ligne expressive et une mise en scène qui privilégie le mouvement, les physionomies et l’efficacité de la caricature.
Cette série repose sur le croisement de deux regards : celui de Sfar, porté vers l’absurde, la fable et les dialogues à idées, et celui de Sapin, familier d’un dessin d’observation qui conserve aux personnages une présence immédiatement reconnaissable. Le résultat tient autant de la bande dessinée d’aventure que de la chronique déformée du pouvoir contemporain. Le volume peut se lire indépendamment, même si la connaissance des précédents enrichit les clins d’œil et les relations entre personnages.
La réputation de l’album tient surtout à son mélange inhabituel de satire institutionnelle, d’espionnage et de fantaisie graphique. Il ne cherche pas la finesse d’une analyse politique ni la cohérence d’un thriller classique : son intérêt réside dans sa manière de faire de l’actualité un matériau comique et instable. Cette liberté séduira les lecteurs qui acceptent une narration volontairement outrancière, mais laissera à distance ceux qui attendent une intrigue rigoureuse ou une représentation réaliste du pouvoir.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs de bande dessinée satirique qui apprécient que l’actualité politique soit déplacée vers la farce et l’aventure.
- Les amateurs de l’univers de Joann Sfar et du dessin expressif de Mathieu Sapin, notamment pour leur association de styles.
- Les lecteurs qui préfèrent une fiction politique fantaisiste à un récit d’espionnage réaliste.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue d’espionnage méthodique, avec une progression entièrement vraisemblable.
- Les lecteurs peu sensibles à l’humour absurde, aux caricatures politiques et aux ruptures de ton.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le récit transforme les tensions politiques contemporaines en situations comiques sans adopter le ton d’un commentaire journalistique.
- L’association entre le scénario fantasque de Joann Sfar et le dessin expressif de Mathieu Sapin donne à l’album une identité visuelle nette.
- La satire vise les postures et les mécanismes du pouvoir plutôt que la seule imitation de personnalités publiques.
Ce qui coince
- La succession de trouvailles et de ruptures peut affaiblir la lisibilité de l’enquête et la continuité de l’action.
- Le recours appuyé à la caricature et à l’absurde réduit parfois la portée des enjeux politiques qu’il met en scène.
Fiche technique
- Auteur
- Joann Sfar et Mathieu Sapin
- Éditeur
- Dargaud
- Parution
- 2023
- Format
- Relié
Par la rédaction de Livres et pensées.