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Livres et pensées
Couverture de Le Mendiant

Le Mendiant

de Naguib Mahfouz

4/5selon la rédaction

4,7/5 sur Amazon, 7 évaluations, relevé en septembre 2026

Un roman existentiel dense et inquiet, porté par une écriture sobre, mais parfois plus démonstrative que véritablement romanesque.

En bref

Omar Al-Hamzawi, avocat et écrivain reconnu, mène une existence aisée auprès de sa famille, jusqu’à ce qu’un profond malaise vienne la fissurer. Il se met alors en quête d’une intensité nouvelle, au risque de s’éloigner des conventions sociales et de ceux qui l’entourent. Naguib Mahfouz compose un roman d’introspection, traversé par la crise de la bourgeoisie intellectuelle égyptienne.

À propos du livre

À travers la crise d’Omar, le roman interroge la valeur d’une réussite fondée sur le confort, la reconnaissance et la conformité. Le personnage ne souffre pas d’une privation matérielle, mais d’un sentiment de vacuité qui rend suspect tout ce qu’il possède. Cette situation permet à Mahfouz d’examiner les tensions entre désir individuel, responsabilités familiales et ordre social, sans réduire son protagoniste à une simple figure de révolte.

La construction privilégie le cheminement intérieur et les échanges d’idées plutôt que l’action spectaculaire. Le récit avance par scènes de confrontation, retours sur soi et épisodes de dérive, avec une attention constante portée aux gestes et aux milieux du Caire. L’écriture reste généralement claire et maîtrisée, même lorsque les dialogues prennent une dimension très explicative ou que les symboles de la quête existentielle deviennent trop visibles.

Le Mendiant appartient à la période où Mahfouz s’éloigne du réalisme ample de ses grands romans familiaux pour explorer plus directement l’angoisse, l’absurde et la crise de la conscience moderne. Cette orientation le rapproche d’un roman philosophique, tout en conservant un ancrage social et culturel précis. Sa force vient de cette double perspective, qui donne à une crise personnelle une portée collective sans l’enfermer dans un discours abstrait.

La réputation du livre tient notamment à la netteté avec laquelle il met en scène le désarroi d’un homme privilégié, incapable de trouver dans sa position une réponse au sentiment d’inutilité. Mahfouz ne cherche pas à rendre Omar toujours sympathique, et cette distance renforce l’intérêt du portrait. Le lecteur peut toutefois rester à l’extérieur d’un personnage dont les interrogations sont parfois davantage énoncées qu’éprouvées.

Pour qui

À lire si

  • Les lecteurs qui apprécient les romans existentiels centrés sur une crise morale plutôt que sur une intrigue fortement événementielle.
  • Les lecteurs intéressés par les écrivains égyptiens et par la représentation des transformations sociales du Caire moderne.
  • Les lecteurs prêts à suivre un protagoniste ambigu, dont les choix suscitent davantage la réflexion que l’identification.

À éviter si

  • Les lecteurs qui attendent une intrigue rapide, de nombreux rebondissements ou une psychologie entièrement fondée sur l’action.
  • Les lecteurs qui préfèrent que les enjeux philosophiques restent implicites, car certaines discussions exposent directement les idées du roman.

Forces et limites

Ce qui fonctionne

  • Le roman transforme une crise individuelle en réflexion sur la réussite sociale, la famille et le désir de liberté.
  • Le cadre cairote donne une épaisseur concrète à une méditation qui pourrait autrement devenir abstraite.
  • L’ambivalence d’Omar empêche le récit de se réduire à une défense univoque de la rupture avec les conventions.

Ce qui coince

  • Les dialogues et les passages réflexifs peuvent paraître démonstratifs, surtout lorsque les personnages servent clairement à porter des positions philosophiques.
  • La distance maintenue envers Omar limite parfois l’émotion et rend son malaise plus intelligible que véritablement communicatif.

Fiche technique

Auteur
Naguib Mahfouz
Éditeur
Actes Sud
Parution
1965
Format
Poche
Prix éditeur
7,10 €
ISBN
9782742735426

Par la rédaction de Livres et pensées.