
Le Chinois
de Henning Mankell
3,5/5selon la rédaction
4/5 sur Amazon, 309 évaluations, relevé en septembre 2026
Un polar ample et politique, plus intéressant par ses ramifications historiques et géopolitiques que par son enquête elle-même.
En bref
Dans un village isolé du nord de la Suède, dix-neuf personnes sont massacrées. La juge Birgitta Roslin, qui découvre un lien personnel avec l’une des victimes, commence à enquêter malgré les réticences de la police. L’affaire conduit du XIXe siècle chinois aux bouleversements économiques contemporains. Henning Mankell élargit progressivement le cadre du roman policier pour interroger la violence sociale, la mémoire historique et les rapports de pouvoir entre continents.
À propos du livre
Le roman part d’un crime collectif traité selon les codes du polar nordique, puis déplace son centre de gravité vers une histoire beaucoup plus vaste. L’enquête de Birgitta Roslin croise la condition des travailleurs chinois employés sur les chemins de fer américains, les séquelles de la révolution maoïste et les ambitions économiques de la Chine contemporaine. Cette ampleur donne au livre une portée politique nette, sans réduire l’intrigue à un simple prétexte documentaire.
La construction repose sur plusieurs périodes et plusieurs espaces, avec des passages consacrés à des personnages éloignés de la scène criminelle initiale. Ce choix nourrit la dimension historique, mais ralentit aussi le rythme et affaiblit par moments la tension de l’enquête. Mankell écrit dans une prose claire, sobre et explicative, davantage tournée vers la lisibilité et l’exposition des enjeux que vers l’ambiguïté psychologique ou la recherche formelle.
Le livre occupe une place particulière dans l’œuvre de Mankell. Il ne reprend pas simplement la mécanique des enquêtes de Kurt Wallander : la protagoniste est une magistrate, le crime sert de point de départ à une réflexion internationale et la Suède n’est plus le seul horizon du récit. Cette évolution prolonge les préoccupations sociales et politiques de l’auteur, mais elle peut déconcerter les lecteurs venus chercher un polar plus resserré.
La réputation du roman tient à cette ambition inhabituelle dans le genre : faire communiquer le fait divers, l’histoire du travail et les transformations de la mondialisation. Ses qualités sont aussi ses fragilités. Les développements historiques donnent de l’épaisseur au récit, tandis que certaines démonstrations paraissent appuyées et que les personnages secondaires restent parfois soumis à la fonction idéologique qu’ils remplissent.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs de polars nordiques qui apprécient les enquêtes débordant largement le cadre criminel et abordant des questions sociales ou géopolitiques.
- Les lecteurs intéressés par les liens entre histoire de la Chine, exploitation du travail et mondialisation contemporaine.
- Les amateurs de romans à structure internationale, prêts à accepter un rythme irrégulier au profit d’une intrigue à grande échelle.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une enquête policière rapide, concentrée sur quelques personnages et un espace limité.
- Les lecteurs peu sensibles aux romans à thèse, qui peuvent trouver certaines analyses historiques et politiques trop explicites.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- L’intrigue relie de façon cohérente un massacre local à des enjeux historiques et économiques internationaux.
- La construction en plusieurs périodes donne une profondeur inhabituelle à un polar contemporain.
- Le style limpide rend accessibles des questions complexes sur le travail, la mémoire et les rapports de pouvoir.
Ce qui coince
- L’élargissement progressif du récit ralentit l’enquête et dilue parfois la tension policière.
- Les intentions politiques sont souvent formulées directement, au détriment de la subtilité de certains personnages.
Fiche technique
- Auteur
- Henning Mankell
- Éditeur
- Seuil
- Parution
- 2008
- Format
- Numérique
Par la rédaction de Livres et pensées.