
La vingt-septième ville
de Jonathan Franzen
3,5/5selon la rédaction
3,2/5 sur Amazon, 19 évaluations, relevé en septembre 2026
Un premier roman ambitieux et dense, qui transforme une crise municipale en radiographie politique et sociale des États-Unis.
En bref
À Saint-Louis, une ville fragilisée par le déclin industriel, l’arrivée de Jammu, une commissaire de police d’origine indienne, bouleverse les équilibres locaux. Autour d’elle se nouent des intérêts politiques, économiques et familiaux qui font de la ville le théâtre d’une lutte d’influence.
À propos du livre
La vingt-septième ville dépasse rapidement le cadre du roman policier ou de la satire municipale. Jonathan Franzen y observe une cité américaine en perte de vitesse, travaillée par la peur du déclassement, la spéculation et le désir de retrouver une grandeur passée. Les institutions, les notables et les habitants ne défendent pas seulement des intérêts particuliers : ils incarnent des conceptions opposées de la modernité, du pouvoir et de l’identité collective. Cette dimension politique donne au livre une ampleur supérieure à son intrigue de crise urbaine.
La construction est volontairement foisonnante. Franzen multiplie les points de vue, les groupes sociaux et les lignes de tension, comme s’il cherchait à produire une cartographie complète de Saint-Louis. Cette ambition nourrit la richesse du roman, mais elle en ralentit aussi la progression : certaines scènes et analyses paraissent plus démonstratives que dramatiques. Le style, précis et souvent ironique, privilégie l’observation des systèmes et des comportements à l’intimité immédiate. Le lecteur doit accepter une narration exigeante, davantage architecturale que fluide.
Publié en 1988, ce premier roman contient déjà plusieurs préoccupations qui deviendront centrales chez Franzen : les familles prises dans des conflits de valeurs, la puissance des institutions, la faillite des récits collectifs et les effets sociaux de l’économie. Il s’inscrit dans la tradition du grand roman américain panoramique, avec une attention particulière aux mécanismes administratifs et aux rapports de classe. Sa portée est parfois plus programmatique que celle de ses romans ultérieurs, mais son regard sur la ville et le pouvoir annonce nettement l’écrivain à venir.
La réputation du livre tient à cette combinaison entre ambition romanesque et critique sociale. Franzen ne réduit pas Saint-Louis à un décor : la ville devient presque un personnage, avec ses quartiers, ses intérêts contradictoires et sa mémoire. Le roman peut impressionner par la précision de son monde, tout en laissant une impression de distance lorsque les personnages semblent servir l’analyse générale. Il intéressera surtout les lecteurs qui apprécient les récits collectifs, les intrigues politiques et les romans qui examinent une société à travers ses institutions.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs de romans américains amples, attentifs aux rapports entre urbanisme, pouvoir économique et évolution sociale.
- Les amateurs de fictions politiques et de récits choraux, prêts à suivre une intrigue dense plutôt qu’une narration rapide.
- Les lecteurs qui souhaitent découvrir les premières préoccupations de Jonathan Franzen avant ses romans familiaux les plus connus.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent une intrigue resserrée et un suspense continu risquent de trouver la construction trop lente et dispersée.
- Ceux qui privilégient la psychologie intime pourront être tenus à distance par la place accordée aux institutions et aux mécanismes collectifs.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le roman donne une représentation détaillée des tensions politiques, économiques et sociales d’une grande ville américaine en déclin.
- La multiplicité des points de vue compose une véritable cartographie sociale de Saint-Louis.
- L’ironie et la précision descriptive permettent à Franzen de relier les conflits individuels aux transformations historiques plus larges.
Ce qui coince
- L’ambition panoramique entraîne des longueurs et une intrigue parfois moins lisible que son sujet ne le laisse attendre.
- Certains personnages semblent surtout construits pour porter une idée ou une force sociale, ce qui réduit leur présence émotionnelle.
Fiche technique
- Auteur
- Jonathan Franzen
- Éditeur
- Seuil
- Parution
- 1988
- Format
- Broché
- ISBN
- 9782020838085
Par la rédaction de Livres et pensées.