
La Thébaïde ou Les Frères ennemis
de Jean Racine
3,5/5selon la rédaction
4,5/5 sur Amazon, 32 évaluations, relevé en septembre 2026
Une première tragédie déjà maîtrisée dans la langue, mais plus démonstrative et moins subtile que les chefs-d’œuvre ultérieurs de Racine.
En bref
À Thèbes, les deux fils d’Œdipe, Étéocle et Polynice, se disputent le pouvoir et précipitent la cité vers la guerre civile. Autour d’eux, Jocaste, Antigone et Créon cherchent à empêcher la catastrophe, tandis que les liens familiaux se confondent avec les exigences du pouvoir.
À propos du livre
Racine s’empare d’un épisode de la mythologie thébaine pour examiner la manière dont la rivalité politique détruit les solidarités familiales. La pièce oppose la raison d’État, l’honneur dynastique et les sentiments privés, sans réduire le conflit à une simple querelle de succession. La malédiction attachée à la famille d’Œdipe donne aux décisions des personnages une portée presque fataliste, mais les affrontements restent aussi nourris par l’orgueil, la défiance et le désir de régner.
Construite en cinq actes, la pièce respecte les cadres de la tragédie classique et avance par confrontations, récits et délibérations. L’alexandrin racinien y est déjà net, tendu et fortement rythmé, même si la psychologie paraît parfois exposée plus directement que dans les tragédies de la maturité. Les longues tirades donnent aux personnages l’occasion de formuler leurs choix et leurs griefs, au risque de ralentir l’action et de rendre certains échanges plus solennels que véritablement ambigus.
La Thébaïde est la première tragédie de Racine et permet de mesurer l’apprentissage d’un dramaturge qui trouvera ensuite une expression plus concentrée de la passion. L’influence des modèles antiques et de la tradition tragique demeure visible, notamment dans l’importance accordée au sang, à la vengeance et à la fatalité. La pièce possède toutefois déjà plusieurs traits appelés à devenir centraux chez Racine : la violence des liens affectifs, la fragilité du pouvoir et la parole comme instrument de domination.
Moins souvent lue que Andromaque, Britannicus ou Phèdre, La Thébaïde intéresse surtout par sa place dans la formation de l’œuvre racinienne. Sa réputation repose moins sur une invention dramatique pleinement aboutie que sur la vigueur de certaines scènes et sur la netteté de son conflit central. Elle constitue une entrée utile dans la tragédie française du XVIIe siècle, à condition de l’aborder comme une œuvre de jeunesse qui expose encore ses mécanismes avec une certaine franchise.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui veulent suivre la naissance du théâtre de Racine et observer la formation de son style tragique.
- Les amateurs de tragédie classique, de mythologie grecque et de conflits familiaux liés à la conquête du pouvoir.
- Les étudiants qui cherchent une pièce courte pour étudier l’alexandrin, la structure en cinq actes et les règles du théâtre classique.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent la subtilité psychologique et la densité poétique de Phèdre ou d’Andromaque risquent de trouver cette œuvre de jeunesse plus raide et plus explicative.
- Les lecteurs peu sensibles aux tirades, aux récits rapportés et à une action largement construite autour du débat verbal peuvent éprouver une certaine distance.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le conflit entre pouvoir politique et liens familiaux est posé avec une grande lisibilité dramatique.
- Les alexandrins donnent aux affrontements une tension régulière et une solennité adaptée à la tragédie.
- La pièce permet de repérer les thèmes et les procédés que Racine développera dans ses œuvres majeures.
Ce qui coince
- Les personnages sont parfois davantage définis par leur fonction dans le conflit que par une psychologie pleinement nuancée.
- L’action progresse souvent par déclarations et récits, ce qui peut donner à la lecture un rythme plus statique.
Fiche technique
- Auteur
- Jean Racine
- Éditeur
- Gallimard
- Parution
- 1664
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 8,10 €
- ISBN
- 9782070441556
Par la rédaction de Livres et pensées.