
La Synagogue
de Joann Sfar
4/5selon la rédaction
4,6/5 sur Amazon, 111 évaluations, relevé en septembre 2026
Un récit graphique personnel et nerveux sur l’antisémitisme, la peur et l’identité, plus stimulant par ses questions que par sa construction.
En bref
À Nice, un adolescent juif se trouve confronté à la nécessité de protéger une synagogue et à la violence antisémite qui l’entoure. Joann Sfar mêle souvenirs, réflexion politique et interrogation sur ce que signifie appartenir à une communauté menacée. Le récit avance dans un registre autobiographique, inquiet et volontiers digressif. Le dessin spontané, les dialogues incisifs et l’humour y accompagnent une réflexion sur la peur, la transmission et les ambiguïtés de la résistance.
À propos du livre
La Synagogue part d’une situation concrète, la surveillance d’un lieu religieux, pour élargir progressivement son propos à l’antisémitisme ordinaire et à ses manifestations les plus visibles. Le livre s’intéresse moins à une démonstration historique exhaustive qu’à l’expérience intime d’un jeune homme confronté à la menace, à la colère et à la nécessité de se définir. Cette perspective donne au récit sa force principale : les enjeux collectifs sont constamment ramenés à des gestes, des paroles et des réactions individuelles.
Joann Sfar privilégie une narration très mobile, faite de scènes brèves, de conversations, de commentaires et de bifurcations réflexives. Cette construction restitue une pensée en mouvement, mais elle peut aussi donner une impression de dispersion. Le trait, expressif et volontairement peu lisse, conserve une grande immédiateté. Les visages, les postures et les silences prolongent souvent les dialogues, tandis que l’humour sert moins à alléger le sujet qu’à montrer les contradictions et les défenses d’un personnage en formation.
Le livre s’inscrit dans le versant autobiographique de l’œuvre de Sfar, où l’intime devient un moyen d’examiner la religion, la mémoire et les rapports entre les communautés. Il ne cherche pas à produire un récit consensuel sur l’identité juive : il montre plutôt les tensions entre attachement, héritage, peur et refus des assignations. Cette position explique à la fois sa richesse et certaines aspérités, car le texte assume des interrogations ouvertes là où un lecteur pourrait attendre des réponses plus ordonnées.
Sa réputation tient à la singularité de cette voix, capable de passer du souvenir personnel à une question politique sans adopter le ton d’un traité. La bande dessinée donne une forme sensible à des expériences souvent réduites à des statistiques ou à des slogans, et le dessin conserve une part de fragilité qui évite une dramatisation trop appuyée. En revanche, les digressions et les changements de registre peuvent éloigner les lecteurs qui recherchent une intrigue linéaire ou une analyse systématique de l’antisémitisme.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs intéressés par les récits autobiographiques qui relient l’histoire personnelle aux questions de religion, d’identité et de transmission.
- Les amateurs de Joann Sfar qui apprécient son dessin expressif, ses dialogues rapides et ses récits construits par associations d’idées.
- Les lecteurs de bande dessinée qui cherchent une réflexion politique incarnée plutôt qu’un exposé documentaire.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent une intrigue très structurée et une progression narrative continue risquent de trouver le récit trop digressif.
- Les lecteurs qui recherchent une étude historique complète de l’antisémitisme n’y trouveront pas le cadre documentaire d’un essai.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le récit fait ressentir les effets concrets de la menace antisémite en les rattachant à l’expérience quotidienne d’un personnage.
- Le dessin expressif et le découpage en scènes brèves donnent une forte présence aux échanges et aux réactions physiques.
- Les questions d’identité et de transmission restent ouvertes, sans être réduites à une thèse unique.
Ce qui coince
- La construction par digressions disperse parfois la tension narrative et rend la lecture moins fluide.
- Le mélange de souvenirs, d’humour et de réflexion politique peut produire des changements de ton abrupts.
Fiche technique
- Auteur
- Joann Sfar
- Éditeur
- Dargaud
- Parution
- 2022
- Format
- Relié
- Prix éditeur
- 27,00 €
- ISBN
- 9782205203356
Par la rédaction de Livres et pensées.