
La Russie et la barrière de l'Est
de Jacques Bainville
3,5/5selon la rédaction
4,1/5 sur Amazon, 15 évaluations, relevé en septembre 2026
Un essai de géopolitique interwar, clair et documenté, mais marqué par les présupposés nationalistes et conservateurs de Bainville.
En bref
Jacques Bainville analyse la place de la Russie dans l’équilibre européen et le rôle des États situés entre elle et l’Allemagne. Il s’intéresse aux conséquences du règlement de la Première Guerre mondiale et aux fragilités de la « barrière de l’Est » conçue pour contenir l’influence soviétique.
À propos du livre
Le livre examine une question centrale de l’Europe de l’entre-deux-guerres : comment empêcher qu’une puissance russe, révolutionnaire ou impériale, ne pèse de nouveau sur le continent. Bainville étudie les États d’Europe orientale comme un ensemble stratégique plutôt que comme une simple succession de nations. Son analyse porte ainsi sur les rapports de force, les frontières et les intérêts français, davantage que sur les sociétés concernées ou sur les aspirations des peuples.
La méthode repose sur une lecture historique et diplomatique des événements. Bainville relie les décisions prises après 1918 à leurs conséquences politiques, en privilégiant les constantes géographiques et les intérêts nationaux. La prose est généralement nette, serrée et accessible, avec un goût marqué pour la formule et le jugement. Cette clarté donne de la force à l’argumentation, mais elle peut aussi réduire des situations complexes à des mécanismes de puissance.
L’intérêt du livre tient à la cohérence d’une pensée qui refuse de séparer la politique étrangère des héritages historiques. Il faut toutefois le lire comme un document intellectuel situé, écrit dans le climat anxieux de l’Europe des années 1930. Les analyses de Bainville sont inséparables de ses positions nationalistes et de sa méfiance envers les constructions diplomatiques jugées artificielles, ce qui limite la portée de certaines généralisations.
Dans l’œuvre de Bainville, cet essai prolonge les ouvrages consacrés aux relations entre la France, l’Allemagne et la Russie. Il intéresse surtout par la manière dont il expose une vision réaliste, hiérarchisée et très politique de l’Europe. Sa réputation repose sur cette capacité à formuler simplement les enjeux diplomatiques, mais aussi sur le caractère discutable d’une lecture souvent déterministe de l’histoire.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs qui cherchent une analyse historique de la diplomatie européenne et de l’Europe orientale après 1918 y trouveront une synthèse lisible.
- Les lecteurs intéressés par la pensée politique de l’entre-deux-guerres pourront y observer les présupposés géopolitiques et nationalistes de Bainville.
- Les amateurs d’histoire des relations internationales apprécieront un texte bref, argumenté et centré sur les rapports de puissance.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent une histoire sociale des pays d’Europe orientale ou une présentation équilibrée de leurs points de vue risquent de rester sur leur faim.
- Les lecteurs peu à l’aise avec les analyses politiques marquées idéologiquement pourront juger les conclusions trop déterministes.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- L’essai relie clairement les choix diplomatiques de l’après-guerre aux équilibres stratégiques européens.
- La construction historique rend lisible une question géopolitique complexe sans recourir à un appareil théorique lourd.
- Le style concis et affirmatif donne aux analyses une forte efficacité argumentative.
Ce qui coince
- La primauté accordée aux intérêts des grandes puissances laisse peu de place à l’expérience politique et sociale des États étudiés.
- Les présupposés nationalistes et le déterminisme géographique de Bainville nuancent fortement la validité de certaines conclusions.
Fiche technique
- Auteur
- Jacques Bainville
- Éditeur
- Fayard
- Parution
- 1937
- Format
- Numérique
Par la rédaction de Livres et pensées.