
La piscine
de Yôko Ogawa
3,5/5selon la rédaction
4/5 sur Amazon, 1 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman bref et dérangeant sur l’adolescence, la cruauté ordinaire et le désir, porté par une écriture froide et précise.
En bref
Aya, une adolescente, passe son temps à observer la piscine d’un orphelinat dirigé par son père. Elle y suit notamment les plongeons de Jun, un jeune pensionnaire, tandis que son regard sur les autres et sur elle-même se fait de plus en plus troublant.
À propos du livre
La piscine explore une adolescence sans repères affectifs stables, où la curiosité, la jalousie et le désir se mêlent à une forme de cruauté. Aya observe les pensionnaires de l’orphelinat avec une attention qui n’a rien d’innocent, et le roman interroge ce que l’on fait du mal lorsqu’il reste intérieur, silencieux, presque abstrait. Yôko Ogawa ne cherche pas à rendre ses personnages immédiatement sympathiques : elle montre plutôt comment une conscience se construit dans l’ambivalence, entre fascination pour les autres et indifférence à leurs souffrances.
La construction repose sur un regard à la première personne, étroit et partial, qui filtre chaque événement à travers les perceptions d’Aya. Les gestes, les corps et les scènes répétées à la piscine prennent une importance disproportionnée, comme si l’observation remplaçait toute véritable relation. Le style d’Ogawa est sobre, précis, dépourvu d’explications psychologiques appuyées. Cette retenue produit une inquiétude durable, mais elle peut aussi maintenir le lecteur à distance, faute de repères moraux ou affectifs auxquels se raccrocher.
Publié au début de la carrière de Yôko Ogawa, La piscine contient déjà plusieurs traits associés à son œuvre : des lieux clos, une étrangeté discrète et une violence qui surgit dans les relations ordinaires. Le roman est moins tourné vers l’action que vers l’examen d’une sensibilité en formation. Sa brièveté renforce son effet de concentration, tout en laissant certaines motivations volontairement opaques. Il constitue une porte d’entrée exigeante dans une littérature japonaise contemporaine qui préfère le malaise diffus au spectaculaire.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs attirés par les récits d’apprentissage sombres, où l’adolescence est décrite sans idéalisation.
- Les amateurs de littérature japonaise intimiste et de styles dépouillés, fondés sur l’observation et l’ambiguïté.
- Les lecteurs qui apprécient les narrateurs peu fiables et les romans davantage centrés sur une conscience que sur l’action.
À éviter si
- Les lecteurs qui cherchent une intrigue développée, des personnages facilement attachants ou une résolution psychologique explicite.
- Les lecteurs sensibles aux récits mettant en scène une cruauté adolescente observée avec une grande froideur.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- Le point de vue d’Aya rend perceptible, sans commentaire explicatif, la déformation progressive du regard adolescent.
- La prose précise et retenue installe une inquiétude qui naît des gestes ordinaires plutôt que d’effets dramatiques.
- Le roman associe un cadre concret, la piscine et l’orphelinat, à une réflexion durable sur le désir, l’indifférence et la responsabilité.
Ce qui coince
- La distance du récit et l’opacité des motivations peuvent donner une impression de froideur persistante.
- La brièveté et la concentration du roman laissent peu de place à l’évolution des personnages secondaires.
Fiche technique
- Auteur
- Yôko Ogawa
- Éditeur
- Actes Sud
- Parution
- 1990
- Format
- Poche
- ISBN
- 9782742704811
Par la rédaction de Livres et pensées.