
La pierre du remords
de Arnaldur Indridason
4/5selon la rédaction
4,1/5 sur Amazon, 1 300 évaluations, relevé en septembre 2026
Un polar mélancolique et méthodique, porté par les secrets familiaux et la figure tourmentée de Konrad.
En bref
L’ancien policier Konrad est sollicité par une femme qui cherche à comprendre les circonstances de la mort de sa mère, survenue lorsqu’elle était enfant. En parallèle, il s’intéresse à une affaire criminelle qui fait resurgir les zones d’ombre de son propre passé. L’enquête progresse lentement, entre témoignages fragmentaires, culpabilité ancienne et mémoire défaillante.
À propos du livre
Avec La pierre du remords, Arnaldur Indridason poursuit son exploration d’une Islande moins spectaculaire que vulnérable : les violences familiales, les silences transmis entre générations et les conséquences durables d’affaires mal élucidées. Le roman s’intéresse moins à la résolution mécanique d’un crime qu’à ce que les individus choisissent de taire, d’oublier ou de réinterpréter. Le remords du titre désigne autant une douleur intime qu’un poids collectif, qui déforme les souvenirs et les relations.
La construction repose sur plusieurs temporalités et sur une enquête faite de recoupements patients. Konrad avance sans l’autorité d’un enquêteur en fonction, avec ses intuitions, ses regrets et ses fragilités. Cette position donne au récit un rythme posé, parfois volontairement répétitif, mais cohérent avec un travail de mémoire où chaque détail peut modifier la compréhension d’une affaire. L’écriture privilégie la sobriété, les dialogues retenus et une atmosphère froide, davantage psychologique que spectaculaire.
Le roman s’inscrit dans la série consacrée à Konrad, personnage très différent d’Erlendur, le policier emblématique d’Indridason. Ancien enquêteur marqué par une histoire familiale trouble, Konrad permet à l’auteur de déplacer le polar nordique vers le roman de filiation et d’introspection. Les lecteurs peuvent toutefois aborder cette enquête sans rechercher une action constante : l’intérêt vient surtout de la profondeur des personnages, du climat islandais et de la manière dont le passé contamine le présent.
La réputation d’Arnaldur Indridason tient à cette alliance entre intrigue criminelle et observation sociale. La pierre du remords en offre une illustration convaincante, à condition d’accepter une progression lente et une résolution moins spectaculaire que la densité des questions posées. Le livre tire sa force de son ton désenchanté et de son attention aux victimes, mais il demande une certaine disponibilité pour suivre les ramifications de l’enquête et les retours en arrière.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs de polars nordiques qui apprécient les enquêtes lentes, les atmosphères froides et les personnages travaillés dans la durée.
- Les lecteurs intéressés par les secrets de famille, la mémoire et les conséquences psychologiques des violences anciennes.
- Les amateurs d’Arnaldur Indridason qui souhaitent suivre l’évolution de Konrad, personnage plus introspectif que traditionnellement héroïque.
À éviter si
- Les lecteurs qui recherchent un thriller nerveux, riche en rebondissements immédiats et en scènes d’action.
- Ceux qui supportent mal les récits à temporalités multiples ou les intrigues qui avancent par témoignages et recoupements.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- L’enquête articule avec cohérence crime ancien, secrets familiaux et culpabilité individuelle.
- La construction progressive restitue bien les incertitudes de la mémoire et des témoignages.
- Le personnage de Konrad gagne en épaisseur grâce à ses failles et à son histoire familiale.
Ce qui coince
- Le rythme très posé peut donner une impression de répétition dans les recherches et les interrogatoires.
- Les nombreuses ramifications et les retours en arrière exigent une lecture attentive, surtout pour les lecteurs peu familiers de la série.
Fiche technique
- Auteur
- Arnaldur Indridason
- Parution
- 2019
- Format
- Numérique
Par la rédaction de Livres et pensées.