
La Part de l'autre
de Éric-Emmanuel Schmitt
3,5/5selon la rédaction
4,5/5 sur Amazon, 1 700 évaluations, relevé en septembre 2026
Un roman d’histoire contrefactuelle ambitieux, plus stimulant par son dispositif que toujours convaincant dans son analyse psychologique.
En bref
En 1908, Adolf Hitler est refusé à l’Académie des beaux-arts de Vienne. Éric-Emmanuel Schmitt imagine ce qui aurait pu advenir si cette admission avait changé son destin, et fait alterner cette trajectoire fictive avec celle du dictateur historique. Le roman interroge ainsi la part de choix, de hasard et de responsabilité qui entre dans la formation d’un homme.
À propos du livre
Le sujet repose sur une question vertigineuse, mais délicate : un événement individuel peut-il infléchir le cours de l’Histoire, et jusqu’où peut-on expliquer la naissance d’un criminel sans l’excuser ? En faisant d’Hitler le centre d’une bifurcation romanesque, le livre examine les rapports entre vocation, frustration, idéologie et circonstances. Cette démarche impose une lecture vigilante, car elle met en scène la fabrication progressive d’une personnalité tout en maintenant la connaissance du désastre historique comme horizon moral.
La construction alterne deux itinéraires, celui de l’Hitler historique et celui que le refus de l’Académie aurait pu faire émerger. Ce parallélisme donne au récit son principe de tension et permet de comparer des existences soumises à des choix, des rencontres et des accidents différents. L’écriture d’Éric-Emmanuel Schmitt reste lisible, directe et volontiers démonstrative. Les passages romanesques sont souvent prolongés par une réflexion explicite, ce qui rend les enjeux accessibles mais peut aussi réduire l’ambiguïté propre à la littérature.
Le roman occupe une place singulière dans l’œuvre de Schmitt, où les questions philosophiques et morales sont fréquemment portées par des récits accessibles. Ici, l’auteur transpose cette méthode à l’histoire du XXe siècle, avec une ambition plus vaste et un risque plus important. Le livre ne prétend pas fournir une biographie renouvelée d’Hitler, mais utiliser la fiction pour examiner la responsabilité individuelle. Son intérêt tient surtout à ce dispositif, qui oblige à distinguer comprendre un parcours et justifier des actes.
La réputation du livre tient à la force immédiate de son hypothèse et à la clarté avec laquelle elle est exposée. Le lecteur entre facilement dans une réflexion qui touche à la liberté, au hasard et au poids des circonstances, sans devoir maîtriser un appareil historique spécialisé. En revanche, l’alternance et les explications philosophiques soulignent parfois la mécanique de la démonstration. Le roman convaincra davantage les lecteurs sensibles aux expériences d’histoire contrefactuelle et aux débats éthiques que ceux qui recherchent une psychologie historique entièrement nuancée.
Pour qui
À lire si
- Les lecteurs intéressés par l’histoire contrefactuelle y trouveront une hypothèse structurante, suivie avec suffisamment de netteté pour nourrir la réflexion.
- Les lecteurs qui aiment les romans à portée philosophique apprécieront la manière dont le récit met en discussion la liberté, le hasard et la responsabilité.
- Les lecteurs découvrant Éric-Emmanuel Schmitt pourront y retrouver son goût pour les situations conceptuelles et les intrigues conçues comme des expériences morales.
À éviter si
- Les lecteurs qui attendent une reconstitution historique très documentée ou une psychologie d’une grande subtilité risquent de trouver le propos trop explicite.
- Les lecteurs peu à l’aise avec les récits construits autour d’une démonstration philosophique pourront être gênés par les commentaires qui orientent fortement l’interprétation.
Forces et limites
Ce qui fonctionne
- L’alternance de deux trajectoires donne une forme concrète à la réflexion sur le rôle du hasard dans une destinée.
- Le roman pose clairement la distinction entre expliquer la formation d’un individu et excuser ses crimes.
- L’écriture accessible rend abordables des questions historiques et morales complexes sans exiger de connaissances préalables.
Ce qui coince
- La dimension démonstrative prend parfois le pas sur l’ambivalence romanesque et laisse moins de place au lecteur pour interpréter.
- La psychologie des personnages peut paraître schématique lorsque le récit fait de leurs trajectoires les supports d’une thèse.
Fiche technique
- Auteur
- Éric-Emmanuel Schmitt
- Éditeur
- Le Livre de Poche
- Parution
- 2001
- Format
- Poche
- Prix éditeur
- 9,90 €
- ISBN
- 9782253155379
Par la rédaction de Livres et pensées.